Espagne : l’inflation atteint 5 % et complique encore l’équation de la BCE
L’inflation espagnole a atteint en septembre son rythme le plus élevé depuis plus de trois ans, confirmant que le choc énergétique continue de se transmettre aux économies européennes.
Les données définitives publiées ce mercredi 14 octobre par l’Institut national de la statistique espagnol montrent que l’indice harmonisé utilisé pour les comparaisons européennes a progressé de 5,0 % sur un an.
En août, cette hausse n’était encore que de 4,6 %.
L’indice national des prix à la consommation accélère parallèlement de 4,3 % à 4,9 %, tandis que l’inflation sous-jacente progresse de 2,9 % à 3,1 %.
Le problème ne se limite donc plus entièrement à l’énergie.
La hausse des carburants et du transport aérien explique une partie importante de l’accélération, mais la progression de l’inflation sous-jacente suggère que les pressions sur les prix commencent également à toucher plus largement l’économie.
Pour la Banque centrale européenne, le signal est délicat : l’inflation espagnole se situe désormais très loin de son objectif de 2 %, alors que les prix élevés du pétrole et du gaz continuent de menacer l’ensemble de la zone euro.
L’inflation harmonisée espagnole atteint 5 %
L’indice harmonisé des prix à la consommation a progressé de 5,0 % sur les douze mois terminés en septembre.
Le chiffre confirme l’estimation préliminaire publiée deux semaines auparavant et correspond également aux prévisions moyennes des économistes.
Il représente néanmoins une nette accélération par rapport aux 4,6 % enregistrés en août.
L’Espagne n’avait plus connu une inflation aussi rapide depuis février 2023.
Cette évolution est importante parce que l’indice harmonisé permet de comparer directement la situation espagnole avec celle des autres économies de la zone euro.
À 5 %, l’inflation évolue désormais à deux fois et demie l’objectif de 2 % fixé par la BCE.
L’indice national accélère encore plus fortement
La mesure nationale confirme la même tendance.
Les prix à la consommation ont augmenté de 4,9 % sur un an en septembre.
En août, leur progression était limitée à 4,3 %.
L’accélération atteint donc 0,6 point en seulement un mois.
Le chiffre définitif correspond à l’estimation initialement publiée par l’Institut national de la statistique.
Cette confirmation réduit la possibilité que le premier chiffre ait simplement reflété des effets statistiques temporaires.
L’Espagne fait désormais face à une véritable nouvelle phase d’accélération des prix après plusieurs années durant lesquelles l’inflation avait progressivement ralenti depuis les sommets de 2022.
Le carburant redevient l’un des principaux moteurs
L’énergie explique une partie importante du mouvement.
Les prix du pétrole ont fortement augmenté ces derniers mois sous l’effet des tensions au Moyen-Orient et des perturbations des flux énergétiques.
Pour les consommateurs, cette hausse apparaît directement dans les prix des carburants.
L’essence et le diesel affectent ensuite d’autres catégories.
Les entreprises de transport paient davantage pour déplacer les marchandises.
Les producteurs voient leurs coûts logistiques augmenter.
Les distributeurs peuvent ensuite répercuter une partie de ces dépenses sur leurs clients.
Le carburant fonctionne ainsi comme un canal de transmission entre le marché pétrolier et l’inflation générale.
Le transport aérien contribue également à la hausse
L’Institut national de la statistique identifie aussi le transport aérien parmi les catégories ayant contribué à l’accélération.
Les compagnies aériennes sont particulièrement sensibles aux variations du coût du carburant.
Le kérosène représente une dépense importante pour le secteur.
Lorsque les cours énergétiques augmentent durablement, les compagnies peuvent être contraintes d’augmenter leurs tarifs.
La situation est particulièrement importante pour l’Espagne.
Le tourisme représente une composante majeure de son économie et le pays dépend fortement du transport aérien pour accueillir les visiteurs internationaux.
Des billets plus chers peuvent donc avoir un impact allant au-delà de la simple mesure de l’inflation.
L’inflation sous-jacente remonte à 3,1 %
Le chiffre probablement le plus préoccupant se trouve ailleurs.
L’inflation sous-jacente est passée de 2,9 % en août à 3,1 % en septembre.
Cette mesure exclut notamment certains produits alimentaires frais et l’énergie, dont les prix sont particulièrement volatils.
Son accélération signifie que les pressions inflationnistes ne peuvent pas être expliquées uniquement par le pétrole.
Les prix augmentent également dans des catégories plus stables.
Pour les banques centrales, cette évolution est essentielle.
Un choc énergétique peut parfois être considéré comme temporaire.
Une augmentation persistante de l’inflation sous-jacente est beaucoup plus difficile à ignorer.
La BCE ne peut pas regarder uniquement le pétrole
Lorsqu’une hausse de l’inflation provient exclusivement de l’énergie, une banque centrale peut choisir de ne pas réagir immédiatement.
Les taux d’intérêt ne peuvent pas produire davantage de pétrole ni rouvrir une route maritime perturbée.
Mais la situation change lorsque les hausses commencent à se diffuser.
Si les entreprises augmentent leurs prix pour compenser leurs coûts énergétiques, le choc se transmet aux consommateurs.
Les salariés peuvent ensuite demander des augmentations de salaire afin de préserver leur pouvoir d’achat.
Les entreprises peuvent à nouveau relever leurs prix.
Ce mécanisme peut rendre l’inflation plus persistante.
La progression de l’inflation sous-jacente espagnole à 3,1 % augmente donc l’importance des prochaines statistiques européennes.
Le seuil de 2 % de la BCE paraît de nouveau éloigné
La Banque centrale européenne vise une inflation de 2 % à moyen terme.
Avec un indice harmonisé espagnol à 5 %, l’écart est désormais considérable.
L’Espagne n’est pas nécessairement représentative de l’ensemble de la zone euro.
La BCE fixe sa politique monétaire pour les vingt pays utilisant l’euro et non pour une économie individuelle.
Mais l’accélération espagnole s’inscrit dans un contexte plus large.
Plusieurs économies européennes ont récemment enregistré une remontée de l’inflation sous l’effet du choc énergétique.
Si cette tendance se généralise, la BCE pourrait devoir maintenir des conditions monétaires restrictives plus longtemps.
Le pétrole à plus de 100 dollars entretient le risque
L’environnement énergétique reste particulièrement défavorable.
Le Brent évolue autour de 106 dollars le baril ce mercredi.
Les tensions autour du détroit d’Ormuz et les nouvelles attaques au Moyen-Orient continuent d’entretenir une prime géopolitique importante.
Pour l’Espagne comme pour le reste de l’Europe, un pétrole durablement supérieur à 100 dollars signifie des coûts d’importation plus élevés.
L’impact ne se produit pas immédiatement.
Il faut du temps avant qu’une hausse du brut soit entièrement transmise aux carburants, aux transports puis aux prix des autres biens.
Les chiffres de septembre peuvent donc ne refléter qu’une partie du choc énergétique actuel.
Le gaz représente un deuxième risque pour l’hiver
Le pétrole n’est pas la seule source de préoccupation.
L’Europe entre dans la période hivernale avec un marché du gaz beaucoup plus tendu qu’au cours des années précédentes.
Les perturbations des exportations de gaz naturel liquéfié du Moyen-Orient ont réduit la disponibilité de certaines cargaisons.
Les stocks européens restent également faibles.
Pour les ménages, une nouvelle hausse du gaz pourrait augmenter les factures énergétiques.
Pour les entreprises industrielles, elle pourrait renchérir les coûts de production.
Une combinaison pétrole-gaz durablement élevée représenterait un risque inflationniste beaucoup plus important qu’un simple mouvement temporaire des carburants.
L’Espagne avait déjà connu une explosion des prix en 2022
Le pays connaît bien les conséquences d’un choc énergétique.
En 2022, l’inflation espagnole avait atteint des niveaux qui n’avaient plus été observés depuis les années 1980.
La flambée des prix de l’énergie après l’invasion russe de l’Ukraine avait fortement augmenté le coût de la vie.
L’inflation avait ensuite progressivement ralenti.
Cette amélioration avait permis aux ménages de retrouver une partie de leur pouvoir d’achat et avait réduit la pression sur la politique monétaire.
La nouvelle accélération vers 5 % ne signifie pas que le scénario de 2022 se répète exactement.
Mais elle montre que l’énergie reste capable de modifier rapidement la trajectoire des prix.
L’économie espagnole doit absorber le choc sans perdre sa croissance
La situation espagnole possède néanmoins une particularité.
L’économie a affiché une résistance relativement solide par rapport à plusieurs autres grandes économies européennes.
Le tourisme, les services et la consommation ont contribué à soutenir l’activité.
Une inflation plus élevée peut progressivement affaiblir ces moteurs.
Lorsque les prix augmentent plus rapidement que les revenus, le pouvoir d’achat réel diminue.
Les ménages deviennent plus prudents.
Ils peuvent réduire leurs dépenses discrétionnaires, reporter certains achats ou chercher des alternatives moins coûteuses.
Si cette dynamique devient suffisamment importante, la consommation ralentit.
Le tourisme pourrait subir un double effet
Le secteur touristique est exposé de deux manières.
D’abord, les coûts de transport augmentent.
Des billets d’avion plus chers peuvent réduire la fréquence de certains voyages ou pousser les touristes à choisir des destinations plus proches.
Ensuite, les entreprises espagnoles du secteur doivent absorber leurs propres hausses de coûts.
Les hôtels, restaurants et services touristiques utilisent de l’énergie et dépendent d’importantes chaînes logistiques.
Une partie de ces coûts peut être répercutée sur les visiteurs.
L’Espagne risque alors de devenir progressivement plus chère comme destination.
Le pays conserve de nombreux avantages compétitifs, mais une inflation durablement élevée peut réduire cet écart.
Les salaires deviennent la prochaine variable à surveiller
La trajectoire salariale sera désormais essentielle.
Une inflation à 5 % réduit rapidement le revenu réel si les salaires progressent moins vite.
Les travailleurs peuvent donc chercher à obtenir des augmentations plus importantes.
Pour les ménages, cela permet de protéger le pouvoir d’achat.
Pour la BCE, le phénomène doit être surveillé.
Une accélération durable des salaires peut entretenir l’inflation des services.
Les entreprises ayant des coûts salariaux plus élevés peuvent augmenter leurs prix.
L’objectif de la banque centrale est donc d’éviter qu’un choc énergétique temporaire se transforme en inflation domestique persistante.
Une inflation sous-jacente à 3,1 % renforce cette surveillance
C’est précisément pour cette raison que le passage de 2,9 % à 3,1 % est important.
Le chiffre reste inférieur à l’inflation globale de 5 %.
Mais sa direction est défavorable.
Une inflation globale élevée accompagnée d’une inflation sous-jacente en baisse aurait permis d’argumenter que le problème restait principalement énergétique.
Ce n’est pas ce que montrent les données de septembre.
Les deux indicateurs accélèrent simultanément.
Il faudra désormais déterminer si cette progression se poursuit en octobre ou si elle commence à se stabiliser.
L’Espagne peut devenir un signal avancé pour la zone euro
Les investisseurs ne regardent pas uniquement les statistiques espagnoles pour comprendre l’Espagne.
Ils cherchent aussi des indications sur l’ensemble de la zone euro.
Lorsque plusieurs grandes économies publient successivement des données supérieures aux attentes, les anticipations concernant la BCE peuvent changer rapidement.
Les rendements obligataires peuvent augmenter.
L’euro peut réagir.
Les actions sensibles aux taux peuvent être mises sous pression.
À l’inverse, si l’Espagne reste une exception et que l’inflation ralentit ailleurs, l’impact sur la politique monétaire européenne sera plus limité.
Les prochaines publications nationales seront donc particulièrement importantes.
Les rendements obligataires européens restent sous pression
L’environnement obligataire est déjà difficile.
Les rendements souverains mondiaux ont fortement progressé ces derniers mois.
Le choc énergétique et les inquiétudes concernant les finances publiques ont contribué à cette hausse.
Une inflation persistante réduit la probabilité d’une baisse rapide des taux directeurs.
Les investisseurs demandent alors davantage de rendement pour détenir des obligations à long terme.
Cela augmente le coût de financement des gouvernements.
Pour les pays disposant déjà d’une dette élevée, le problème devient progressivement plus important.
L’inflation espagnole ajoute donc une nouvelle donnée à un marché obligataire européen déjà fragile.
Une BCE plus restrictive augmenterait aussi le coût du crédit
La transmission ne s’arrête pas aux gouvernements.
Les ménages et les entreprises sont également concernés.
Une politique monétaire restrictive maintient les taux des prêts à des niveaux plus élevés.
Les crédits immobiliers deviennent plus coûteux.
Les entreprises paient davantage pour financer leurs investissements.
Les projets les moins rentables peuvent être reportés.
L’investissement ralentit alors progressivement.
La BCE doit trouver un équilibre : contrôler l’inflation sans provoquer un ralentissement économique excessif.
Une inflation espagnole à 5 % rend cet équilibre plus difficile.
Les marchés ne peuvent plus compter sur une désinflation linéaire
Pendant une grande partie de la période suivant le choc de 2022, les investisseurs ont supposé que l’inflation européenne continuerait progressivement à diminuer.
Les nouvelles tensions énergétiques remettent cette hypothèse en question.
La désinflation n’est pas nécessairement un processus continu.
Des chocs externes peuvent inverser temporairement la tendance.
C’est exactement ce que montre l’Espagne.
Après plusieurs années de ralentissement, l’inflation harmonisée remonte désormais à son rythme le plus élevé depuis février 2023.
Cette évolution oblige les marchés à intégrer davantage d’incertitude dans leurs prévisions de taux.
Les entreprises européennes sont toutefois mieux préparées qu’en 2022
La bonne nouvelle est que l’économie européenne n’aborde pas ce choc dans exactement les mêmes conditions qu’il y a quatre ans.
De nombreuses grandes entreprises ont renforcé leurs stratégies de couverture énergétique.
Les chaînes d’approvisionnement ont été diversifiées.
Les contrats d’approvisionnement ont été adaptés.
L’Europe a également développé davantage d’infrastructures permettant d’importer du gaz naturel liquéfié.
Pour de nombreuses grandes entreprises cotées, les coûts directs de l’énergie ne représentent qu’une faible part des dépenses totales.
Cela peut limiter l’impact immédiat sur les bénéfices.
Les petites entreprises restent davantage exposées
La situation est différente pour les petites structures.
Elles disposent généralement de moins de pouvoir de négociation avec leurs fournisseurs.
Leurs stratégies de couverture sont souvent moins développées.
Elles possèdent également moins de capacité financière pour absorber temporairement une hausse des coûts.
Une petite entreprise confrontée à une forte hausse de l’électricité, du transport et des salaires peut être obligée de relever rapidement ses prix.
Ce mécanisme peut contribuer à diffuser l’inflation.
Il explique aussi pourquoi un choc énergétique peut progressivement toucher les services, même lorsque ceux-ci consomment directement relativement peu de pétrole.
Les consommateurs pourraient finalement absorber la plus grande partie du choc
Les grandes entreprises peuvent protéger leurs marges grâce aux couvertures, à leur diversification géographique ou à leur pouvoir de fixation des prix.
Les ménages disposent de beaucoup moins d’options.
Ils doivent payer leur carburant, leurs factures énergétiques et leurs déplacements.
Lorsque ces dépenses augmentent, ils réduisent généralement d’autres achats.
Cette situation peut produire un paradoxe.
L’inflation reste élevée alors que la demande commence simultanément à ralentir.
C’est le scénario le plus difficile pour une banque centrale : une inflation persistante accompagnée d’une croissance moins dynamique.
Le prochain chiffre d’octobre sera déterminant
Une seule publication ne suffit pas à confirmer une nouvelle tendance durable.
Les données d’octobre permettront de déterminer si l’accélération de septembre continue.
Trois éléments seront particulièrement importants.
Le premier sera l’énergie.
Si le pétrole et le gaz restent élevés, la pression sur l’inflation globale devrait persister.
Le deuxième sera l’inflation sous-jacente.
Une nouvelle progression au-dessus de 3,1 % constituerait un signal beaucoup plus préoccupant pour la BCE.
Le troisième sera le comportement des services et des salaires.
Une accélération simultanée montrerait que le choc commence à se diffuser plus profondément dans l’économie.
Une inflation à 5 % remet l’Espagne au centre du débat monétaire européen
Les données définitives publiées ce 14 octobre confirment un changement significatif dans la trajectoire espagnole.
L’inflation harmonisée atteint 5,0 %, contre 4,6 % en août.
L’indice national accélère encore davantage, passant de 4,3 % à 4,9 %.
Surtout, l’inflation sous-jacente remonte de 2,9 % à 3,1 %.
Le carburant et le transport aérien expliquent une partie de l’accélération, mais ils ne suffisent plus à résumer la situation.
Pour la BCE, la question centrale sera désormais de savoir si l’Espagne représente un cas temporairement plus inflationniste ou le début d’une tendance plus large dans la zone euro.
Un reflux du pétrole et une stabilisation de l’inflation sous-jacente permettraient de considérer la hausse actuelle comme principalement liée au choc énergétique.
Un Brent durablement supérieur à 100 dollars, accompagné d’une nouvelle accélération des salaires et des services, produirait un scénario beaucoup plus difficile.
Dans ce cas, la BCE pourrait être contrainte de conserver une politique restrictive plus longtemps, même si la croissance européenne commence à ralentir.
Le chiffre de 5 % publié aujourd’hui ne décide donc pas à lui seul de la prochaine action de Francfort.
Il change néanmoins la question que les investisseurs doivent se poser : il ne s’agit plus seulement de savoir à quelle vitesse l’inflation européenne peut revenir vers 2 %, mais si le nouveau choc énergétique vient de repousser une nouvelle fois cette échéance.



