L’or termine août en forte hausse malgré la pression renouvelée des taux d’intérêt
L’or a terminé le mois d’août sur sa meilleure performance mensuelle depuis février, malgré un net repli lors des dernières séances. Le métal précieux a gagné environ 10 % sur l’ensemble du mois, mais les contrats à terme ont reculé lundi après une baisse de plus de 3 % vendredi. Le mouvement a été déclenché par les commentaires du président de la Réserve fédérale, Kevin Warsh, qui a laissé entendre que de nouvelles hausses de taux pourraient être nécessaires pour ramener l’inflation sous contrôle. Les contrats à terme sur l’or pour livraison en décembre évoluaient autour de 4 481 dollars l’once lundi, avant de rester sous pression au fil de la séance.
Cette correction ne remet pas encore en cause la progression enregistrée au cours du mois. Elle montre cependant que le marché de l’or reste particulièrement sensible aux anticipations de politique monétaire. L’or ne verse pas de rendement, ce qui signifie qu’une remontée des taux peut réduire son attrait relatif par rapport aux obligations et autres actifs générant des intérêts. À l’inverse, lorsque les investisseurs anticipent une baisse des taux ou une diminution du rendement réel, le métal précieux bénéficie généralement d’un environnement plus favorable.
Les propos de Kevin Warsh ont changé les attentes de marché
Le principal déclencheur de la baisse de fin de mois a été le discours de Kevin Warsh à Jackson Hole. Ses commentaires ont conduit les investisseurs à réévaluer la trajectoire potentielle de la politique monétaire américaine et à envisager plus sérieusement une nouvelle hausse des taux en septembre.
Sur Polymarket, les participants attribuaient une probabilité de 56 % à une hausse de 25 points de base lors de la prochaine réunion de la Fed. Ce changement d’anticipations a directement pesé sur l’or, car des taux plus élevés augmentent le coût d’opportunité de détenir un actif sans rendement.
Le mouvement de vendredi, supérieur à 3 %, montre à quel point la position du marché avait été sensible à l’idée d’une politique monétaire moins restrictive. Une simple révision de cette hypothèse a suffi à provoquer une forte correction, même après plusieurs semaines de hausse.
Les frappes américaines contre l’Iran ajoutent une pression inflationniste
La situation géopolitique a ajouté une nouvelle variable au dossier. Les frappes américaines contre des lanceurs de roquettes iraniens dans la région du détroit d’Ormuz ont ravivé les inquiétudes sur l’offre énergétique et fait monter les prix du pétrole.
Cette hausse du brut peut avoir un double effet sur l’or. D’un côté, une montée des tensions géopolitiques peut soutenir la demande pour des actifs considérés comme défensifs. De l’autre, un pétrole plus cher peut alimenter les pressions inflationnistes et pousser la Réserve fédérale à maintenir une politique plus restrictive.
C’est cette deuxième dynamique qui semble dominer actuellement. Si les prix de l’énergie restent élevés, les marchés peuvent intégrer davantage de risque de hausse des taux, ce qui limite l’effet positif traditionnel de la demande de refuge sur le métal précieux.
Goldman Sachs conserve pourtant un objectif de 4 900 dollars
Malgré la correction, Goldman Sachs reste constructif sur l’or. Les stratégistes de la banque prévoient un prix de 4 900 dollars l’once d’ici la fin de 2026.
Leur scénario repose notamment sur la poursuite de la diversification des réserves des banques centrales. Ces achats institutionnels ont constitué un soutien important pour le marché de l’or et pourraient continuer à absorber une partie de l’offre disponible.
Goldman Sachs estime également que les anticipations de hausse des taux devraient finir par être revues à la baisse. Si cette hypothèse se confirme, le principal obstacle actuel pour l’or pourrait diminuer, ce qui permettrait au marché de retrouver une dynamique plus favorable.
La banque ne présente donc pas la correction actuelle comme une rupture de tendance, mais plutôt comme une conséquence du changement temporaire de perception sur la politique monétaire.
TD Securities adopte une lecture plus prudente
Tous les analystes ne partagent pas cette vision. Bart Melek, responsable de la stratégie matières premières chez TD Securities Macro Research, estime que la réaffirmation par la Fed de son engagement envers la stabilité des prix pourrait réduire l’intérêt du marché pour les récits liés à une dépréciation monétaire.
Selon lui, le message de la banque centrale est que la politique monétaire reste l’outil principal pour contrôler l’inflation. Cette position peut affaiblir les arguments qui soutiennent l’or comme protection contre une perte de valeur des monnaies.
Cette divergence entre banques et stratégistes reflète le débat actuel. Les investisseurs doivent désormais arbitrer entre des facteurs structurellement favorables à l’or, comme les achats des banques centrales, et une politique monétaire qui pourrait rester restrictive plus longtemps que prévu.
Ed Yardeni voit les replis comme des occasions d’achat
À l’opposé, le stratégiste Ed Yardeni considère que les banques centrales pourraient profiter des corrections pour renforcer leurs positions.
Il maintient un objectif de 5 000 dollars l’once d’ici la fin de l’année et estime que les baisses de prix seront probablement de courte durée. Cette hypothèse repose sur l’idée que la demande institutionnelle restera suffisamment forte pour absorber les épisodes de faiblesse.
Si cette lecture se confirme, les baisses déclenchées par les anticipations de taux pourraient devenir des phases de consolidation plutôt que le début d’une tendance baissière durable.
La différence entre Yardeni et les analystes plus prudents tient donc surtout à la durée attendue de la pression monétaire. Plus les taux restent élevés, plus l’or peut être freiné. Mais si la politique de la Fed se détend, la demande sous-jacente pourrait reprendre rapidement le dessus.
La performance d’août montre que la demande reste robuste
Le gain d’environ 10 % enregistré en août reste un signal important. Malgré les tensions sur les taux en fin de mois, l’or a réussi à produire sa meilleure performance mensuelle depuis février.
Cela suggère que plusieurs facteurs de soutien restent présents. Les achats des banques centrales, l’incertitude géopolitique et les interrogations autour de la trajectoire de l’inflation continuent d’alimenter la demande.
La correction des dernières séances ne suffit donc pas à effacer la dynamique construite sur l’ensemble du mois. Elle montre plutôt que le marché est entré dans une phase où les investisseurs réagissent fortement à chaque nouvelle information concernant la Fed.
Le prochain mouvement dépendra surtout des taux réels
Pour la suite, l’un des facteurs les plus importants sera l’évolution des taux réels américains. Lorsque les rendements nominaux montent plus rapidement que l’inflation, le coût d’opportunité de détenir de l’or augmente. À l’inverse, une baisse des rendements réels peut rendre le métal plus attractif.
Les commentaires de Warsh ont renforcé l’idée que la Fed pourrait maintenir une posture ferme si l’inflation reste trop élevée. Dans ce contexte, les prochaines données économiques auront une influence importante sur le métal précieux.
Une amélioration des perspectives inflationnistes pourrait réduire la probabilité d’une hausse des taux et soutenir l’or. À l’inverse, de nouvelles pressions sur les prix, notamment via l’énergie, pourraient prolonger la correction.
Conclusion
L’or a terminé août sur sa meilleure performance mensuelle depuis février, avec une hausse d’environ 10 %, malgré une correction importante lors des dernières séances. Le principal facteur de pression est venu du changement d’anticipations concernant la politique monétaire américaine après les commentaires de Kevin Warsh à Jackson Hole.
Dans le même temps, les tensions géopolitiques dans la région du détroit d’Ormuz ont fait monter le pétrole et ajouté une nouvelle source potentielle d’inflation. Goldman Sachs reste néanmoins optimiste avec un objectif de 4 900 dollars l’once d’ici la fin de 2026, tandis qu’Ed Yardeni vise encore 5 000 dollars d’ici la fin de l’année.
Point clé final
Le marché de l’or reste pris entre deux forces opposées. Les achats des banques centrales et l’incertitude géopolitique soutiennent la demande, tandis qu’un risque accru de hausse des taux réduit l’attrait d’un actif sans rendement. La performance d’août montre que la tendance de fond reste solide, mais les prochaines décisions de la Fed et l’évolution de l’inflation détermineront si la correction actuelle reste temporaire ou devient plus durable.



