L’or chute de plus de 2 % sous la pression du dollar et des taux avant les discussions États-Unis–Iran
Journalier

L’or chute de plus de 2 % sous la pression du dollar et des taux avant les discussions États-Unis–Iran

Avr 23, 2026

Le métal jaune subit une nouvelle vague de pression

L’or a poursuivi sa baisse mardi, tombant à son niveau le plus bas depuis plus d’une semaine, dans un environnement de marché dominé par la hausse du dollar, la progression des rendements obligataires américains et les incertitudes entourant les discussions potentielles entre les États-Unis et l’Iran. Le métal précieux, souvent recherché en période de tension géopolitique, n’a cette fois pas résisté à la combinaison de plusieurs forces macroéconomiques défavorables.

L’or au comptant a reculé de 2,2 % à 4 712,04 dollars l’once en séance, son plus bas niveau depuis le 13 avril. Les contrats à terme américains sur l’or pour livraison en juin ont terminé en baisse de 2,3 % à 4 719,60 dollars. Ce repli confirme que, dans l’environnement actuel, le métal subit davantage la pression du dollar et des taux qu’il ne bénéficie de son statut traditionnel de valeur refuge.

La hausse du dollar renforce la pression sur l’or

L’un des principaux facteurs de faiblesse pour l’or reste le raffermissement du billet vert. Le dollar américain a progressé de 0,2 % face à ses principales contreparties, rendant l’or, coté en dollars, plus coûteux pour les acheteurs utilisant d’autres monnaies.

Ce mécanisme est bien connu sur les marchés des matières premières. Lorsque le dollar monte, les actifs libellés en dollars ont tendance à perdre une partie de leur attrait auprès des investisseurs internationaux. Dans le cas de l’or, cet effet est d’autant plus visible que le métal ne génère aucun rendement direct. Lorsque le dollar progresse et que d’autres actifs offrent des rémunérations plus attractives, le métal jaune peut rapidement perdre du terrain.

Cette hausse du dollar ne s’est pas produite isolément. Elle s’est accompagnée d’une remontée des rendements obligataires américains, ce qui a encore renforcé la pression sur les métaux précieux.

Les rendements obligataires compliquent le rôle défensif de l’or

En parallèle du renforcement du dollar, les rendements des obligations américaines à 10 ans ont progressé, ajoutant une autre contrainte importante pour l’or. Ce point est essentiel, car l’or reste un actif sans rendement. Plus les taux montent, plus le coût d’opportunité de détenir de l’or augmente par rapport à des instruments rémunérés comme les obligations.

C’est ce qui rend le contexte actuel particulièrement difficile pour le métal. Même si les tensions géopolitiques pourraient, en théorie, soutenir son rôle de couverture, cet effet se retrouve affaibli dès lors que les marchés commencent à intégrer des rendements plus élevés et une politique monétaire potentiellement moins accommodante.

En clair, l’or se retrouve coincé entre son image d’actif refuge et une réalité de marché où les capitaux sont attirés par des rendements obligataires redevenus plus compétitifs.

Des signaux contradictoires autour de l’Iran alimentent la nervosité

L’autre grande source d’incertitude reste la situation géopolitique au Moyen-Orient. Les investisseurs attendent toujours des clarifications sur les discussions envisagées entre Washington et Téhéran, mais les signaux politiques restent confus et parfois contradictoires.

Le président Donald Trump a déclaré mardi qu’il ne souhaitait pas prolonger le cessez-le-feu arrivant à expiration avec l’Iran, ajoutant que l’armée américaine était “prête à intervenir” si les négociations échouaient. Ce ton plus dur a immédiatement renforcé la tension sur les marchés de l’énergie et ajouté une couche supplémentaire de volatilité à l’ensemble du paysage financier.

Pour les investisseurs, ce type de communication rend les anticipations plus difficiles. Le marché essaie de comprendre si les discussions représentent une réelle opportunité de désescalade ou si elles ne sont qu’une parenthèse fragile dans un environnement qui peut se dégrader rapidement. Cette ambiguïté pousse les opérateurs à réagir de manière plus nerveuse à chaque déclaration.

Le pétrole plus cher ravive la question de l’inflation

Après les propos de Trump, les prix du pétrole ont bondi de plus de 3 %, prolongeant une dynamique déjà installée depuis le début de la guerre lancée par les États-Unis et Israël contre l’Iran le 28 février. Cette remontée de l’énergie alimente une inquiétude devenue centrale pour les marchés : celle d’un nouveau choc inflationniste.

Des prix du pétrole plus élevés augmentent les coûts de transport, de production et, à terme, la pression sur les prix dans l’économie. Cela assombrit les perspectives de baisse de taux de la Réserve fédérale, car un environnement inflationniste plus tendu rend tout assouplissement monétaire plus compliqué à justifier.

C’est là que la situation devient paradoxale pour l’or. Le métal est souvent présenté comme une couverture contre l’inflation. Mais lorsque cette inflation conduit les investisseurs à anticiper des taux plus élevés ou plus durablement élevés, l’effet net devient défavorable au métal jaune.

Autrement dit, une inflation tirée par le pétrole ne profite pas automatiquement à l’or. Tout dépend de la réaction attendue des banques centrales.

Kevin Warsh ajoute un risque monétaire supplémentaire

En plus des tensions géopolitiques, les marchés surveillent étroitement l’audition de Kevin Warsh, ancien gouverneur de la Fed et candidat à la présidence de la Réserve fédérale. Son passage devant la commission bancaire du Sénat est devenu un autre facteur de volatilité pour les actifs sensibles aux taux, dont l’or.

Warsh a plaidé pour un “changement de régime” à la banque centrale américaine, avec une nouvelle approche dans la lutte contre l’inflation et une refonte de la communication monétaire. Ce type de déclaration n’est pas anodin. Il suggère qu’un changement de direction à la Fed pourrait modifier non seulement la manière dont l’inflation est combattue, mais aussi la façon dont les marchés interprètent les futurs signaux de politique monétaire.

Pour les investisseurs sur l’or, cela ajoute un nouveau niveau d’incertitude. Si le futur patron de la Fed adopte une ligne plus agressive ou plus imprévisible, cela peut avoir des conséquences immédiates sur le dollar, les rendements et, par extension, sur le métal précieux.

Les traders se préparent à plus de volatilité

Le stratège Bob Haberkorn de RJO Futures a résumé la situation en expliquant que les rendements plus élevés, le dollar plus fort et les nombreux titres contradictoires autour de l’Iran exercent une pression directe sur l’or. Il a aussi insisté sur le fait que l’audition de Warsh pourrait provoquer d’importants mouvements de volatilité.

Ce commentaire reflète bien le climat actuel. Le marché ne fait pas face à une seule source d’instabilité, mais à plusieurs forces simultanées : géopolitique, inflation énergétique, politique monétaire et rendements obligataires. Lorsque plusieurs variables critiques bougent en même temps, les actifs comme l’or peuvent connaître des ajustements plus brusques qu’en temps normal.

Dans un tel contexte, les opérateurs surveillent autant les mouvements du dollar et des taux que les gros titres liés à l’Iran. L’or n’évolue plus uniquement comme refuge. Il réagit à un système d’équilibres beaucoup plus complexe.

Les autres métaux précieux reculent également

La faiblesse ne s’est pas limitée à l’or. Les autres métaux précieux ont eux aussi subi des dégagements importants. L’argent au comptant a perdu 3,9 % à 76,76 dollars l’once, tandis que le platine a reculé de 2,7 % à 2 033,37 dollars. Le palladium a également cédé du terrain, en baisse de 0,6 % à 1 541,56 dollars.

Cette baisse généralisée confirme que le mouvement ne concerne pas uniquement l’or en tant que valeur refuge. Il s’agit plus largement d’une pression sur l’ensemble du complexe des métaux précieux, dans un environnement dominé par la montée du dollar, le durcissement des rendements et les incertitudes géopolitiques.

Quand plusieurs métaux baissent ensemble, cela signale souvent que la force dominante vient du cadre macroéconomique global, et non d’une dynamique spécifique propre à un seul actif.

Conclusion

L’or a chuté de plus de 2 % pour revenir à son plus bas niveau depuis le 13 avril, sous l’effet combiné d’un dollar plus fort, d’une hausse des rendements obligataires américains et d’une grande incertitude autour des discussions entre les États-Unis et l’Iran. Les propos de Donald Trump sur le cessez-le-feu et l’envolée du pétrole ont ravivé les craintes inflationnistes, tandis que l’audition de Kevin Warsh a ajouté un risque supplémentaire sur le front monétaire.

Dans ce contexte, le métal jaune peine à profiter pleinement de son image de refuge. Tant que les marchés resteront dominés par la remontée des taux, le raffermissement du dollar et l’incertitude politique, l’or devrait continuer à évoluer dans un environnement tendu et très volatil.

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