La guerre en Iran provoque la plus grave crise énergétique de l’histoire, selon l’AIE
L’AIE tire la sonnette d’alarme
La guerre impliquant l’Iran, les États-Unis et Israël est en train de provoquer la plus grave crise énergétique jamais connue dans le monde, selon le directeur de l’Agence internationale de l’énergie. L’avertissement est fort, et il traduit l’ampleur exceptionnelle de la perturbation que subissent déjà les marchés mondiaux de l’énergie.
Fatih Birol, directeur de l’AIE, a déclaré lors d’un entretien diffusé mardi sur France Inter que la situation actuelle représentait bel et bien “la plus grande crise de l’histoire”. Ce constat ne repose pas seulement sur la hausse des prix du pétrole ou du gaz. Il reflète surtout l’addition de plusieurs chocs majeurs frappant en même temps l’approvisionnement énergétique mondial.
Une crise qui dépasse les précédents épisodes majeurs
Selon Birol, la crise actuelle doit être comprise comme une combinaison de plusieurs tensions extrêmes. D’un côté, il y a la guerre au Moyen-Orient, qui perturbe l’une des routes maritimes les plus cruciales pour les flux d’énergie. De l’autre, il y a encore les effets durables du conflit entre la Russie et l’Ukraine, qui avaient déjà profondément bouleversé les marchés du gaz, en particulier en Europe.
Le chef de l’AIE a expliqué que si l’on combine la crise pétrolière actuelle avec la crise du gaz déjà aggravée par le conflit russo-ukrainien, l’ampleur du choc devient historique. Cette lecture est importante, car elle montre que le monde ne fait pas face à un seul événement isolé, mais à une superposition de perturbations énergétiques majeures.
Le détroit d’Ormuz au cœur du choc mondial
L’un des principaux foyers de tension est le détroit d’Ormuz, passage stratégique par lequel transite environ un cinquième des flux mondiaux de pétrole et de gaz naturel liquéfié. La guerre au Moyen-Orient a fortement perturbé le trafic maritime dans cette zone, ce qui alimente immédiatement les inquiétudes sur l’offre mondiale.
Le simple fait que cette route soit ralentie, bloquée ou menacée suffit à faire réagir les marchés. Le détroit d’Ormuz ne représente pas seulement un passage régional. Il constitue l’un des véritables points vitaux du système énergétique mondial. Lorsque ce corridor est compromis, les conséquences se propagent très vite bien au-delà du Moyen-Orient.
Les prix, les flux logistiques, les coûts d’assurance maritime, les marges de raffinage et les anticipations des importateurs peuvent tous être affectés en même temps. C’est précisément ce type d’effet en chaîne qui donne à la crise actuelle sa dimension globale.
La guerre en Ukraine continue de peser sur le marché
L’autre élément majeur dans l’analyse de l’AIE est le poids toujours présent de la guerre entre la Russie et l’Ukraine. Ce conflit avait déjà coupé une part essentielle des approvisionnements russes en gaz vers l’Europe, forçant plusieurs pays à revoir dans l’urgence leurs sources d’énergie, leurs contrats et leurs capacités de stockage.
Autrement dit, le monde n’entrait déjà pas dans cette nouvelle crise avec un système énergétique pleinement stabilisé. Il arrivait au contraire avec un marché encore fragilisé, encore marqué par des réorganisations profondes, encore exposé à des tensions persistantes sur les flux de gaz, les équilibres régionaux et les prix.
C’est ce qui rend la crise actuelle particulièrement lourde. Elle ne surgit pas dans un vide. Elle frappe un système déjà sous pression.
Une situation jugée pire que 1973, 1979 et 2022 réunis
Ce n’est pas la première fois que Fatih Birol emploie un ton aussi grave. Plus tôt ce mois-ci, il avait déjà expliqué qu’il considérait la situation actuelle sur les marchés énergétiques mondiaux comme pire que les crises de 1973, 1979 et 2022 réunies.
Cette comparaison a un poids symbolique considérable. La crise de 1973 reste l’une des références majeures en matière de choc pétrolier, avec des conséquences profondes sur l’inflation, la croissance et les politiques énergétiques des grandes économies. Celle de 1979 avait elle aussi marqué durablement les marchés après la révolution iranienne. Quant à 2022, elle a été associée à l’explosion des tensions énergétiques liées à la guerre en Ukraine.
Dire que la crise actuelle dépasse ces épisodes combinés revient à souligner que le monde est confronté non seulement à un choc d’offre, mais à un bouleversement d’une intensité rare, touchant simultanément plusieurs piliers de l’équilibre énergétique mondial.
Les réserves stratégiques déjà mobilisées
Face à cette dégradation, l’AIE avait déjà pris une mesure exceptionnelle en mars, lorsqu’elle avait accepté de libérer un volume record de 400 millions de barils de pétrole issus des réserves stratégiques. Cette décision visait à contenir la flambée des prix du brut provoquée par la guerre entre les États-Unis, Israël et l’Iran.
Le recours à des réserves stratégiques à une telle échelle montre que les institutions énergétiques internationales considèrent la situation comme suffisamment grave pour justifier des réponses d’urgence. Les réserves ne sont pas libérées pour de simples fluctuations normales du marché. Elles sont mobilisées lorsque les autorités estiment qu’un choc menace sérieusement la stabilité de l’approvisionnement ou le bon fonctionnement économique global.
Le fait qu’un volume aussi important ait déjà été injecté souligne donc le niveau de tension auquel les marchés sont confrontés.
Une crise aux conséquences bien au-delà du secteur énergétique
Même si la déclaration de l’AIE porte d’abord sur l’énergie, les implications dépassent largement ce seul secteur. Une crise énergétique de cette ampleur peut rapidement alimenter l’inflation, peser sur l’activité industrielle, augmenter les coûts de transport, fragiliser les chaînes d’approvisionnement et compliquer les décisions des banques centrales.
Quand le pétrole et le gaz deviennent plus instables ou plus chers, ce ne sont pas seulement les entreprises énergétiques qui sont touchées. C’est l’ensemble de l’économie réelle qui peut se retrouver sous pression. Les ménages paient davantage pour le carburant et parfois pour le chauffage. Les entreprises voient leurs coûts grimper. Les gouvernements sont poussés à intervenir pour amortir le choc. Et les marchés financiers revoient leurs anticipations sur la croissance et les taux.
C’est pour cette raison que les propos de l’AIE doivent être lus comme un avertissement global, pas comme un simple commentaire sectoriel.
Un marché mondial plus vulnérable qu’avant
L’une des raisons pour lesquelles la crise actuelle semble si grave est que le marché énergétique mondial apparaît plus vulnérable qu’auparavant. Les tensions géopolitiques sont plus nombreuses, les réorganisations d’approvisionnement demandent du temps, et les grands corridors énergétiques deviennent eux-mêmes des zones de confrontation potentielle.
Dans ce cadre, chaque nouvelle perturbation ne se contente pas d’ajouter un problème. Elle amplifie la fragilité générale. Le détroit d’Ormuz en est l’exemple parfait. Dès que son fonctionnement est remis en cause, c’est tout le système mondial d’équilibrage du pétrole et du GNL qui se retrouve menacé.
Et lorsque cette perturbation s’ajoute à l’héritage encore lourd de la guerre en Ukraine, le résultat devient beaucoup plus déstabilisant qu’un simple choc régional.
L’Agence internationale de l’énergie estime que la guerre impliquant l’Iran, les États-Unis et Israël a déclenché la plus grave crise énergétique de l’histoire. Pour son directeur, Fatih Birol, cette crise dépasse déjà en ampleur les grands épisodes passés, car elle combine les effets du choc pétrolier au Moyen-Orient avec ceux, toujours actifs, de la crise du gaz liée à la guerre entre la Russie et l’Ukraine.
Au centre du problème se trouve le détroit d’Ormuz, passage vital pour une part majeure des flux mondiaux de pétrole et de gaz naturel liquéfié. Son blocage ou sa perturbation amplifie instantanément les risques sur l’offre mondiale. Dans le même temps, le système énergétique international reste déjà affaibli par les ruptures survenues depuis 2022.
Avec la libération record de 400 millions de barils de réserves stratégiques en mars, l’AIE a déjà montré qu’elle considérait la situation comme exceptionnelle. Les propos de Birol renforcent désormais ce message : le monde ne fait pas face à une simple tension temporaire, mais à une crise énergétique d’ampleur historique dont les conséquences peuvent se diffuser bien au-delà du seul marché de l’énergie.



