Les rendements américains reculent alors que les espoirs d’accord avec l’Iran soutiennent les obligations
Journalier

Les rendements américains reculent alors que les espoirs d’accord avec l’Iran soutiennent les obligations

Mai 25, 2026

Les rendements des bons du Trésor américain ont reculé jeudi après des informations indiquant que les États-Unis et l’Iran se rapprocheraient d’un projet final d’accord de paix. Ce mouvement intervient après une période de forte tension sur les marchés obligataires, marquée par une hausse rapide des rendements liée à l’inflation, au pétrole, au risque géopolitique et aux attentes autour de la Réserve fédérale.

Le rendement du Treasury à 10 ans a légèrement baissé pour s’établir autour de 4,575 %, après avoir atteint 4,687 % mardi, son plus haut niveau depuis janvier 2025. Le rendement du Treasury à 30 ans, souvent considéré comme un indicateur du risque géopolitique et budgétaire, a également reculé pour revenir autour de 5,096 %, après avoir brièvement touché 5,197 % mardi, son niveau le plus élevé depuis juillet 2007.

Cette correction montre que les marchés restent extrêmement sensibles aux nouvelles sur la guerre entre les États-Unis, Israël et l’Iran. Lorsque les investisseurs perçoivent une possibilité de désescalade, les rendements peuvent se détendre. Lorsque le pétrole remonte ou que les négociations semblent fragiles, la pression revient rapidement.

Les obligations réagissent aux signes de progrès diplomatique

La baisse des rendements a été alimentée par les informations selon lesquelles Téhéran examinerait la dernière proposition américaine pour mettre fin au conflit. Les marchés avaient déjà réagi mercredi aux commentaires du président Donald Trump, qui a affirmé qu’un projet final d’accord était dans sa phase finale.

Dans ce type d’environnement, les obligations souveraines redeviennent un outil de lecture du risque mondial. Une guerre prolongée au Moyen-Orient alimente les craintes d’inflation par l’énergie, pousse les prix du pétrole à la hausse et complique la politique monétaire. À l’inverse, un accord de paix pourrait réduire la prime de risque énergétique et limiter la pression sur les rendements.

Le marché obligataire ne parie pas encore sur une normalisation complète. Mais la détente de jeudi montre que les investisseurs sont prêts à réduire une partie de la pression si les signaux diplomatiques deviennent plus crédibles.

Le rendement à 30 ans reste sous surveillance

Le rendement du Treasury à 30 ans reste un indicateur important. Sa hausse récente à 5,197 % a attiré l’attention car ce niveau n’avait plus été observé depuis la période précédant la crise financière mondiale de 2008.

Les obligations longues sont particulièrement sensibles aux inquiétudes sur l’inflation durable, les déficits budgétaires et le risque géopolitique. Lorsque les investisseurs exigent une prime plus élevée pour prêter à long terme au gouvernement américain, le rendement à 30 ans augmente.

Le recul de jeudi est donc important, mais il ne supprime pas les tensions de fond. Un rendement autour de 5 % reste élevé et continue de peser sur les valorisations des actifs risqués, le coût du crédit immobilier, le financement des entreprises et les attentes de croissance.

Pour les marchés, la question est de savoir si la détente actuelle est un simple rebond technique ou le début d’un mouvement plus durable si un accord avec l’Iran se concrétise.

Le pétrole reste un facteur central

Le pétrole demeure l’un des principaux moteurs de la volatilité obligataire. Les rendements avaient d’abord remonté jeudi matin, en parallèle d’un rebond du Brent après son recul de mercredi.

Cette relation est directe. Lorsque le pétrole augmente, les investisseurs craignent une inflation plus persistante. Des prix élevés de l’énergie peuvent se transmettre aux carburants, aux transports, aux coûts de production et aux prix à la consommation. Cela peut pousser les banques centrales à maintenir une politique monétaire plus restrictive.

À l’inverse, si les négociations avec l’Iran réduisent le risque sur les flux d’énergie, les prix du pétrole peuvent baisser et les rendements obligataires peuvent se détendre.

Le marché reste donc suspendu à deux variables : la situation diplomatique autour de l’Iran et l’évolution des prix de l’énergie. Tant que ces deux facteurs restent instables, les obligations américaines devraient continuer à réagir fortement aux nouvelles.

Les données économiques influencent aussi les rendements

Les données économiques américaines ont également joué un rôle. Les rendements ont changé de direction après la publication de chiffres montrant une baisse des demandes hebdomadaires d’allocations chômage pour la semaine terminée le 16 mai.

Normalement, des demandes de chômage plus faibles peuvent soutenir les rendements, car elles indiquent un marché du travail résilient. Mais dans le contexte actuel, les investisseurs ont davantage intégré l’idée que la Fed ne devrait pas réduire ses taux rapidement.

Le marché estime désormais que la banque centrale américaine maintiendra probablement ses taux inchangés lors de sa réunion de juin. Selon l’outil CME FedWatch, la probabilité d’un maintien des taux en juin avoisine 98,9 %. Les investisseurs intègrent aussi une probabilité d’environ 60 % d’une hausse de taux en décembre.

Ce changement est significatif. Il y a quelques mois, les marchés discutaient surtout de baisses de taux. Aujourd’hui, la conversation se déplace vers le maintien prolongé de taux élevés, voire une nouvelle hausse si l’inflation liée à l’énergie persiste.

Le marché s’éloigne du scénario de baisse des taux

Vail Hartman, stratégiste taux chez BMO Capital Markets, a souligné que le sentiment de marché s’éloigne du thème des baisses de taux que Trump met en avant. Selon lui, les rendements étaient déjà en train de casser à la hausse avant ce mouvement de correction.

Cette observation résume bien l’état du marché. Même si les rendements ont baissé jeudi, la tendance récente reste celle d’une pression haussière. Les investisseurs ont dû ajuster leurs attentes à une inflation plus forte, des prix de l’énergie élevés et une Fed potentiellement plus restrictive.

Le marché obligataire n’anticipe donc plus un soulagement rapide par la politique monétaire. Les taux devraient rester élevés tant que les risques d’inflation persistent.

Cette situation complique la lecture pour les investisseurs. Les obligations peuvent bénéficier ponctuellement de flux défensifs ou d’espoirs diplomatiques, mais elles restent exposées aux risques de hausse des taux si les prix de l’énergie repartent à la hausse.

La courbe des taux reste un signal clé

L’écart entre le rendement à 2 ans et le rendement à 10 ans était autour de 49,3 points de base. Cette partie de la courbe des taux est suivie de près car elle reflète les attentes de croissance, d’inflation et de politique monétaire.

Le rendement à 2 ans, plus sensible aux anticipations de taux de la Fed, était en hausse autour de 4,08 %. Le rendement à 10 ans reculait légèrement. Cette combinaison montre que les investisseurs restent prudents sur la trajectoire de court terme des taux directeurs, même si les rendements longs se détendent avec l’espoir d’un accord géopolitique.

Une courbe plus pentue peut refléter des inquiétudes sur l’inflation à long terme ou sur l’offre de dette. Une courbe qui se stabilise peut indiquer que le marché attend plus de clarté.

Pour l’instant, les investisseurs ne semblent pas anticiper une baisse rapide du coût de l’argent.

Les TIPS attirent une demande solide

Le Trésor américain a vendu 19 milliards de dollars de titres indexés sur l’inflation à 10 ans, les TIPS. L’adjudication a affiché un ratio bid-to-cover de 2,53, supérieur au ratio de 2,38 observé lors de l’émission précédente.

Ce niveau suggère une demande solide. Les acheteurs indirects, qui peuvent inclure des gouvernements étrangers, des gestionnaires de fonds et des assureurs, ont absorbé environ 61 % de la vente. Les acheteurs directs ont représenté 27,5 %.

La demande pour les TIPS est importante dans le contexte actuel. Ces titres protègent contre l’inflation, ce qui les rend attractifs lorsque les investisseurs craignent une hausse prolongée des prix. Le rendement des TIPS à 10 ans était autour de 2,144 %, en légère hausse.

Cela montre que les investisseurs cherchent encore à se protéger contre le risque inflationniste, même si les rendements nominaux se sont détendus.

Pourquoi les rendements élevés comptent pour les marchés

Des rendements élevés ont des effets larges. Ils augmentent le coût de financement du gouvernement, des entreprises et des ménages. Ils pèsent aussi sur les valorisations des actions, en particulier les valeurs de croissance et technologiques, dont les bénéfices futurs sont davantage actualisés.

Lorsque le rendement à 10 ans se rapproche de 4,7 % et que le 30 ans dépasse 5 %, les investisseurs réévaluent les primes de risque. Les actions, le crédit, l’immobilier et les marchés émergents peuvent tous ressentir cette pression.

C’est pourquoi la détente de jeudi est favorable au sentiment de marché. Mais elle reste fragile. Si les négociations avec l’Iran échouent ou si le pétrole repart nettement à la hausse, les rendements pourraient remonter.

Ce que les investisseurs doivent surveiller

Le premier facteur à suivre est l’évolution des négociations entre les États-Unis et l’Iran. Un accord formel pourrait réduire la prime de risque énergétique et calmer les rendements.

Le deuxième facteur est le pétrole. Si le Brent baisse durablement, les marchés pourraient réduire leurs anticipations d’inflation. Si le pétrole rebondit, la pression sur les rendements pourrait revenir.

Le troisième élément est la Fed. Les investisseurs surveilleront chaque donnée d’inflation, d’emploi et de consommation pour savoir si une hausse en décembre devient plus probable.

Le quatrième facteur est la demande pour les obligations longues. Si les investisseurs exigent toujours une prime élevée sur le 30 ans, cela signalera une inquiétude persistante sur le risque fiscal et géopolitique.

Enfin, les TIPS resteront à surveiller. Une demande forte pour les obligations indexées sur l’inflation montre que le marché ne considère pas encore le risque inflationniste comme résolu.

Conclusion

Les rendements américains ont reculé jeudi alors que les investisseurs réagissaient aux signes de progrès dans les négociations entre Washington et Téhéran. Le rendement à 10 ans est revenu autour de 4,575 %, tandis que le 30 ans s’est éloigné de ses plus hauts de près de deux décennies.

Cette détente reflète l’espoir qu’un accord avec l’Iran puisse réduire les risques sur le pétrole et l’inflation. Mais le marché obligataire reste sous tension. Les rendements demeurent élevés, les anticipations de baisse de taux se sont effacées, et les investisseurs envisagent désormais une possible hausse de la Fed en décembre.

La trajectoire dépendra de trois facteurs : l’issue des négociations avec l’Iran, l’évolution des prix de l’énergie et les prochaines données économiques américaines. Pour l’instant, les obligations respirent un peu, mais la volatilité est loin d’avoir disparu.

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