Iran : le chef de l’armée pakistanaise se rend à Téhéran alors que les négociations entrent dans une phase critique
La diplomatie autour de la guerre entre les États-Unis, Israël et l’Iran entre dans une phase décisive. Le chef de l’armée pakistanaise, le maréchal Asim Munir, doit se rendre à Téhéran pour poursuivre les efforts de médiation entre Washington et l’Iran. Cette visite intervient alors que Téhéran affirme examiner la dernière position américaine sur une possible fin du conflit.
Le moment est sensible. Le président américain Donald Trump a déclaré que les discussions étaient proches d’un point de bascule, entre accord diplomatique et reprise de frappes militaires. De son côté, l’Iran continue de défendre ses positions sur le détroit d’Hormuz, l’uranium enrichi et sa souveraineté régionale.
Pour les marchés mondiaux, cette séquence diplomatique est essentielle. Le détroit d’Hormuz reste largement perturbé, ce qui menace les flux d’énergie, soutient les prix du pétrole et entretient les inquiétudes sur l’inflation mondiale. Si la médiation pakistanaise avance, les marchés pourraient y voir un signal d’apaisement. Si elle échoue, le risque géopolitique pourrait repartir à la hausse.
Le Pakistan renforce son rôle de médiateur
Asim Munir est devenu une figure centrale dans les efforts de médiation. Selon les médias iraniens, il doit tenir des “discussions et consultations” avec les autorités de Téhéran. Sa visite suit celle du ministre pakistanais de l’Intérieur, Mohsin Naqvi, qui a rencontré le président iranien Masoud Pezeshkian et le ministre des Affaires étrangères Abbas Araghchi.
Le Pakistan occupe une position diplomatique particulière. Il partage une frontière avec l’Iran, entretient des relations avec Washington, dispose d’un dialogue stratégique avec la Chine et reste connecté aux pays du Golfe. Cette position lui permet de jouer un rôle de relais entre des acteurs qui peinent à se parler directement.
Islamabad avait déjà accueilli des discussions de paix en avril. Ces négociations n’avaient pas permis de résoudre le conflit, mais le Pakistan avait contribué à obtenir un cessez-le-feu prolongé depuis le 8 avril. Cette capacité à maintenir un canal de dialogue donne du poids à la visite d’Asim Munir.
Washington espère des progrès
Le secrétaire d’État américain Marco Rubio s’est montré prudemment optimiste concernant le déplacement du chef de l’armée pakistanaise à Téhéran. Il a indiqué espérer que cette visite permette de faire avancer les efforts visant à mettre fin à la guerre.
Cette déclaration montre que Washington considère encore la voie diplomatique comme possible. Mais les États-Unis maintiennent une forte pression sur Téhéran. Trump a averti que si les États-Unis n’obtenaient pas les “bonnes réponses”, les événements pourraient évoluer très rapidement.
Ce langage laisse peu de place à l’ambiguïté. L’administration américaine veut obtenir des engagements concrets sur les dossiers les plus sensibles, notamment le programme nucléaire iranien et le détroit d’Hormuz.
La diplomatie reste donc active, mais elle se déroule sous menace permanente. Les deux camps continuent de négocier, tout en montrant qu’ils sont prêts à durcir leur position si l’autre partie refuse de céder.
L’Iran examine la dernière position américaine
Téhéran affirme avoir reçu les derniers points de vue américains et être en train de les examiner. Le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Esmaeil Baghaei, a déclaré que l’Iran étudiait la position de Washington sur la fin de la guerre.
Cette formulation est importante. Elle signifie que l’Iran n’a pas rejeté immédiatement la proposition américaine, mais elle ne signifie pas non plus qu’un accord est proche. Les autorités iraniennes doivent évaluer si les conditions américaines sont compatibles avec leurs propres lignes rouges.
Parmi ces lignes rouges figurent probablement la conservation de l’uranium enrichi sur le territoire iranien, le contrôle du détroit d’Hormuz, la levée des sanctions, la reconnaissance de certaines garanties de sécurité et la question des réparations liées au conflit.
L’Iran veut éviter d’apparaître comme contraint par la pression militaire américaine et israélienne. Toute concession devra donc être présentée comme compatible avec la souveraineté nationale.
L’uranium enrichi reste le principal point de blocage
Le dossier nucléaire demeure l’un des obstacles les plus difficiles. Selon des informations citées par Reuters, le guide suprême iranien Mojtaba Khamenei aurait ordonné que l’uranium proche du niveau militaire ne soit pas envoyé à l’étranger.
Cette directive durcit fortement la position iranienne. Les États-Unis et Israël veulent que le stock d’uranium hautement enrichi soit retiré d’Iran ou placé sous un contrôle qui empêche toute utilisation militaire. Téhéran, de son côté, semble considérer que l’envoi de ce stock à l’étranger affaiblirait sa capacité de dissuasion et l’exposerait davantage à de futures attaques.
Ce point peut faire échouer les négociations. Pour Washington, laisser l’Iran conserver un stock sensible pourrait être perçu comme une concession majeure. Pour Téhéran, accepter son transfert pourrait être vu comme une capitulation.
Un compromis pourrait théoriquement passer par un contrôle international renforcé, une réduction partielle du stock ou une solution de stockage surveillée. Mais pour l’instant, les positions restent éloignées.
Hormuz : les péages rendent l’accord difficile
Le détroit d’Hormuz est l’autre grand point de tension. Marco Rubio a déclaré qu’un système de péage imposé par l’Iran serait “inacceptable” et rendrait un accord diplomatique impossible.
Avant le déclenchement de la guerre en février, environ 20 % du pétrole mondial et une part importante du gaz transitaient librement par ce passage. Depuis, l’Iran a fortement restreint le trafic maritime et affirme vouloir exercer un contrôle plus direct sur la zone.
Téhéran a mis en place une autorité chargée de superviser le détroit et affirme que les navires doivent obtenir une autorisation avant de passer. L’Iran soutient que cette démarche relève de sa souveraineté maritime. Les États-Unis, les Émirats arabes unis et d’autres acteurs considèrent au contraire qu’il s’agit d’une menace contre la liberté de navigation.
Le désaccord est profond. Pour Washington, accepter des péages reviendrait à reconnaître un droit iranien de contrôle sur une voie maritime internationale. Pour l’Iran, renoncer à cette pression reviendrait à abandonner l’un de ses principaux leviers dans les négociations.
Les Émirats rejettent les revendications iraniennes
Les Émirats arabes unis ont vivement contesté les prétentions iraniennes sur certaines zones du détroit. Le conseiller présidentiel émirati Anwar Gargash a qualifié ces revendications d’illusions et a accusé Téhéran de vouloir créer une nouvelle réalité après une défaite militaire.
Les tensions entre l’Iran et les Émirats se sont fortement aggravées depuis le début de la guerre. Les Émirats ont subi des attaques de drones et de missiles, tandis que la fermeture du détroit a touché directement leurs intérêts économiques.
Abu Dhabi considère que les revendications iraniennes sur les eaux proches de Fujairah portent atteinte à sa souveraineté maritime. Cette dimension rend la crise encore plus complexe, car le dossier ne se limite plus à une confrontation entre Washington et Téhéran. Il implique aussi les États du Golfe, leurs infrastructures d’exportation et leur sécurité territoriale.
L’AIE alerte sur un risque de “zone rouge” pétrolière
Le directeur de l’Agence internationale de l’énergie, Fatih Birol, a averti que le marché pétrolier mondial pourrait entrer en “zone rouge” d’ici juillet ou août si aucun progrès n’est réalisé. Selon lui, les stocks s’érodent malgré les excédents initiaux, les libérations de réserves stratégiques et les prélèvements dans les stocks commerciaux.
Cette alerte montre que le marché ne peut pas absorber indéfiniment une fermeture prolongée d’Hormuz. La libération coordonnée de 400 millions de barils depuis les réserves stratégiques a aidé à amortir le choc, mais elle ne résout pas le problème structurel.
Le seul vrai remède, selon l’AIE, reste la réouverture complète et inconditionnelle du détroit. Même dans ce cas, le retour de la production, du raffinage et du trafic maritime aux niveaux d’avant-guerre prendrait du temps.
Pour les consommateurs, cela signifie que les prix de l’énergie pourraient rester élevés même après un accord. Pour les gouvernements, cela augmente la pression politique, car la hausse du carburant nourrit l’inflation et pèse sur le pouvoir d’achat.
La dimension intérieure iranienne complique le contexte
Le contexte intérieur iranien ajoute une autre couche de tension. Le pays a annoncé l’exécution de deux hommes liés aux manifestations antigouvernementales. Ces pendaisons s’inscrivent dans une vague plus large d’exécutions, alimentant les critiques des organisations de défense des droits humains.
Ces événements montrent que le régime iranien cherche aussi à maintenir un contrôle interne strict pendant la guerre. Les conflits extérieurs peuvent souvent s’accompagner d’une répression intérieure renforcée, surtout lorsque les autorités craignent des troubles sociaux ou des accusations d’espionnage.
Cette réalité peut influencer les négociations. Un pouvoir sous pression interne peut hésiter à faire des concessions visibles à l’étranger, de peur d’apparaître affaibli. En même temps, l’impact économique de la guerre peut accroître le besoin d’un accord pour soulager la population et stabiliser le pays.
Le risque militaire reste présent
Même si un cessez-le-feu tient depuis avril, la menace d’une reprise militaire reste réelle. Trump a déclaré que les États-Unis étaient dans la “phase finale” du dossier iranien et que, sans accord, Washington pourrait faire “des choses un peu désagréables”.
Cette formulation maintient la pression sur Téhéran. Les États-Unis veulent montrer que la patience diplomatique a une limite. L’Iran, de son côté, avertit qu’il répondra à toute nouvelle agression.
La situation est donc instable. Une mauvaise interprétation, un incident maritime ou une déclaration trop agressive pourrait fragiliser le cessez-le-feu. C’est précisément pour éviter cette bascule que la médiation pakistanaise devient importante.
Ce que les marchés doivent surveiller
Les marchés devront d’abord surveiller la visite d’Asim Munir à Téhéran. Si des signaux positifs émergent, cela pourrait réduire le risque géopolitique et peser sur les prix du pétrole.
Le deuxième point à suivre est la réponse iranienne aux propositions américaines. Un rejet clair relancerait la nervosité. Une acceptation partielle pourrait ouvrir la voie à une nouvelle phase de négociation.
Le troisième facteur est l’uranium enrichi. Tant que l’Iran refuse d’envoyer son stock à l’étranger, l’accord restera difficile.
Le quatrième point est le détroit d’Hormuz. Si l’Iran insiste sur les péages ou les autorisations obligatoires, Washington pourrait considérer que les conditions d’un accord ne sont pas réunies.
Enfin, les investisseurs devront surveiller les stocks mondiaux de pétrole. Si l’AIE confirme une détérioration rapide, les prix pourraient rester soutenus même en présence de progrès diplomatiques.
Conclusion
La visite prévue du chef de l’armée pakistanaise Asim Munir à Téhéran marque une étape importante dans les efforts visant à mettre fin à la guerre entre les États-Unis, Israël et l’Iran. L’Iran examine la dernière position américaine, tandis que Washington espère des progrès mais maintient la menace d’options plus dures.
Les principaux obstacles restent considérables : uranium enrichi, péages à Hormuz, souveraineté maritime, sanctions et garanties de sécurité. Le Pakistan peut faciliter le dialogue, mais il ne peut pas effacer les lignes rouges des deux camps.
Pour les marchés, la crise reste un facteur majeur de volatilité. Tant que le détroit d’Hormuz n’est pas rouvert de manière stable et que le dossier nucléaire n’est pas clarifié, l’énergie, l’inflation et le sentiment de risque mondial resteront exposés à chaque nouvelle déclaration diplomatique ou militaire.



