Les marchés montent sur l’espoir d’un accord entre les États-Unis et l’Iran
Les marchés financiers ont terminé en hausse alors que les investisseurs ont accueilli favorablement les signes d’avancée diplomatique entre les États-Unis et l’Iran. L’optimisme autour d’une possible prolongation du cessez-le-feu au Moyen-Orient a soutenu les actions, tandis que les rendements des bons du Trésor ont reculé après des données économiques américaines contrastées.
Le dollar américain a également glissé, les craintes d’inflation liées à l’énergie s’étant partiellement modérées. Les matières premières sont restées plus nuancées, avec des contrats à terme sur le pétrole légèrement en hausse alors que les traders attendaient une confirmation officielle d’un éventuel accord de prolongation du cessez-le-feu entre Washington et Téhéran.
Cette séance illustre la manière dont la géopolitique, l’inflation et les données macroéconomiques continuent de guider les marchés. Les investisseurs veulent croire à une désescalade, mais les chiffres publiés jeudi rappellent que l’économie américaine reste sous pression : l’inflation demeure supérieure à l’objectif de la Réserve fédérale, tandis que la croissance du premier trimestre a été révisée à la baisse.
Les actions soutenues par l’espoir de paix
Les actions ont progressé dans un contexte d’amélioration du sentiment de marché. Les investisseurs ont réagi positivement à l’idée qu’un accord entre les États-Unis et l’Iran pourrait réduire les risques d’une nouvelle flambée des prix de l’énergie.
Depuis le début du conflit, les marchés surveillent de près le détroit d’Hormuz, une voie maritime essentielle au commerce mondial du pétrole et du gaz naturel liquéfié. Toute interruption prolongée du trafic dans cette zone peut alimenter les prix de l’énergie, renforcer les anticipations d’inflation et compliquer la tâche des banques centrales.
L’espoir d’une prolongation du cessez-le-feu a donc offert un soutien aux actifs risqués. Pour les investisseurs en actions, une détente au Moyen-Orient pourrait réduire la pression sur les marges des entreprises, améliorer la confiance des consommateurs et limiter le risque d’un durcissement monétaire supplémentaire.
Mais l’optimisme reste prudent. Les marchés ont déjà connu plusieurs épisodes de hausse liés à des rumeurs diplomatiques qui n’ont pas débouché immédiatement sur une solution durable. Tant qu’un accord officiel n’est pas confirmé, la volatilité peut rapidement revenir.
L’inflation PCE reste au-dessus de l’objectif de la Fed
Le principal indicateur d’inflation suivi par la Réserve fédérale a ralenti en avril, mais il reste clairement au-dessus de l’objectif de 2 %. L’indice des prix des dépenses de consommation personnelle, ou PCE, a progressé de 0,4 % en avril par rapport au mois précédent, après une hausse de 0,7 % en mars.
Hors alimentation et énergie, le PCE de base a augmenté de 0,2 % sur le mois. Sur un an, l’indice PCE affiche une progression de 3,8 %, tandis que l’inflation PCE de base atteint 3,3 %.
Ces chiffres montrent que la pression inflationniste se modère, mais pas suffisamment pour permettre à la Fed de relâcher rapidement sa vigilance. L’inflation reste alimentée par les coûts de l’énergie, les tensions géopolitiques et certaines pressions persistantes dans les services.
Pour les marchés, cette situation crée un équilibre délicat. Une inflation moins forte qu’en mars est positive. Mais une inflation encore nettement supérieure à la cible de la Fed limite l’enthousiasme. Les investisseurs doivent donc évaluer si la banque centrale pourra maintenir ses taux inchangés ou si elle devra durcir encore sa politique si l’énergie repart à la hausse.
La croissance américaine révisée à la baisse
Les données révisées du produit intérieur brut ont montré que l’économie américaine a progressé moins vite que prévu au premier trimestre. Le PIB a augmenté à un rythme annualisé de 1,6 % entre janvier et mars, contre une estimation précédente de 2 %. Les économistes s’attendaient à ce que la croissance reste proche de 2 %.
Cette révision à la baisse ajoute une nuance importante à la lecture du marché. D’un côté, une croissance plus faible peut réduire les pressions inflationnistes et soutenir l’idée que la Fed n’a pas besoin de relever davantage ses taux. De l’autre, elle peut signaler que l’économie commence à ressentir plus fortement les effets des coûts élevés, de l’incertitude géopolitique et des conditions financières restrictives.
Pour les actions, le ralentissement de la croissance peut devenir problématique si les bénéfices des entreprises commencent à être affectés. Pour les obligations, il peut au contraire soutenir les prix et faire baisser les rendements, surtout si les investisseurs anticipent une politique monétaire plus stable.
Les rendements obligataires reculent après les données
Les rendements des bons du Trésor ont baissé après la publication de données économiques mixtes. Le ralentissement de la croissance et la modération mensuelle de l’inflation PCE ont aidé à calmer certaines craintes d’un resserrement agressif de la Fed.
Lorsque les rendements baissent, les actions de croissance et les valeurs technologiques peuvent en bénéficier, car leurs bénéfices futurs sont actualisés à un taux moins élevé. C’est l’une des raisons pour lesquelles les marchés actions ont pu progresser malgré une inflation encore supérieure à la cible.
Cependant, la baisse des rendements ne signifie pas que le risque a disparu. Le PCE annuel reste élevé, et toute nouvelle hausse du pétrole pourrait rapidement raviver les inquiétudes inflationnistes. Les marchés obligataires restent donc sensibles aux nouvelles venues du Moyen-Orient, mais aussi aux prochaines données sur l’emploi, les prix et la consommation.
Le dollar recule avec la modération des craintes d’inflation
Le dollar américain a glissé alors que les investisseurs ont réduit certaines positions défensives. Une moindre inquiétude sur l’inflation énergétique a pesé sur la devise, car elle réduit le scénario d’une Fed plus agressive.
Le dollar avait profité ces dernières semaines de son rôle de valeur refuge et de la perspective de taux américains durablement élevés. Mais si les prix de l’énergie se stabilisent grâce à un accord au Moyen-Orient, l’avantage du dollar peut s’affaiblir.
Une baisse du dollar peut soutenir certaines matières premières libellées en devise américaine, tout en aidant les entreprises américaines exposées aux revenus internationaux. Mais elle peut aussi refléter une baisse de la demande défensive, ce qui correspond à un climat de marché plus favorable aux actifs risqués.
Le pétrole reste en attente de confirmation
Les contrats à terme sur le pétrole ont légèrement progressé alors que les traders attendaient une confirmation d’un accord de prolongation du cessez-le-feu entre les États-Unis et l’Iran. Le marché de l’énergie reste dans une phase d’attente, partagé entre l’espoir d’une désescalade et la crainte d’un échec des négociations.
Si un accord permet une normalisation du trafic énergétique, les prix du pétrole pourraient reculer. Cela réduirait les pressions sur les consommateurs, les entreprises de transport, les compagnies aériennes et les chaînes d’approvisionnement mondiales.
Mais si les discussions échouent ou si des incidents militaires se multiplient, les prix pourraient repartir à la hausse. Dans ce cas, le risque d’inflation importée par l’énergie reviendrait rapidement au centre des préoccupations.
Le pétrole reste donc l’un des principaux indicateurs à surveiller pour comprendre la trajectoire des marchés dans les prochaines séances.
Dell profite de la demande liée à l’intelligence artificielle
Du côté des entreprises, Dell Technologies a attiré l’attention après avoir relevé ses perspectives annuelles. Le groupe a annoncé une forte hausse de ses ventes au premier trimestre, soutenue par la demande pour les produits liés à l’intelligence artificielle.
Dell prévoit désormais un chiffre d’affaires annuel compris entre 165 et 169 milliards de dollars, contre une fourchette précédente de 138 à 142 milliards. La société a également relevé sa prévision de bénéfice ajusté par action à 17,90 dollars au point médian, contre 12,90 dollars auparavant.
Cette révision montre que la demande liée à l’IA continue de soutenir certaines entreprises technologiques. Les investisseurs cherchent à identifier les sociétés capables de monétiser l’expansion des infrastructures d’intelligence artificielle, notamment dans les serveurs, le stockage, les puces et les solutions de calcul.
Anthropic renforce la course à l’IA
Le secteur de l’intelligence artificielle a également été animé par la valorisation spectaculaire d’Anthropic. La start-up aurait clôturé une levée de fonds à une valorisation de 965 milliards de dollars, dépassant OpenAI dans la course aux valorisations liées à l’IA.
Anthropic, fondée en 2021 par Dario Amodei et d’anciens employés d’OpenAI, serait en voie d’atteindre 50 milliards de dollars de revenus annualisés. La société a levé 65 milliards de dollars auprès d’investisseurs majeurs, dont Altimeter Capital, Dragoneer et Sequoia Capital.
Cette dynamique confirme que l’IA reste l’un des principaux moteurs du marché actions. Mais elle renforce aussi les questions sur les valorisations. Les investisseurs devront distinguer les entreprises capables de générer des revenus durables de celles dont la valeur repose encore largement sur les attentes futures.
Les prochaines données à surveiller
Les marchés devront maintenant suivre une série d’indicateurs économiques importants. En Europe, les données d’inflation en France, en Allemagne et en Italie seront surveillées, tout comme les chiffres du chômage allemand et italien. Au Canada, les données de PIB mensuel et trimestriel seront publiées.
Aux États-Unis, les investisseurs suivront le rapport avancé sur les indicateurs économiques d’avril, les ventes hebdomadaires à l’exportation, le Chicago PMI de mai et les prix agricoles d’avril.
Ces chiffres aideront à déterminer si l’économie mondiale ralentit sous le poids de l’inflation énergétique, des taux élevés et des tensions géopolitiques. Ils permettront aussi d’évaluer si les banques centrales peuvent rester patientes ou si elles devront maintenir une posture plus restrictive.
La séance a été dominée par l’espoir d’un accord entre les États-Unis et l’Iran, qui a soutenu les actions, fait reculer les rendements obligataires et affaibli le dollar. Les investisseurs semblent prêts à intégrer un scénario de désescalade, mais les données économiques montrent que la situation reste fragile.
L’inflation PCE ralentit, mais reste au-dessus de l’objectif de la Fed. La croissance américaine a été révisée à la baisse, ce qui suggère que l’économie perd de l’élan. Le pétrole demeure sensible aux nouvelles diplomatiques, et toute rupture des négociations pourrait rapidement relancer les craintes d’inflation.
Dans ce contexte, les marchés avancent sur un équilibre délicat : l’optimisme géopolitique soutient le sentiment, mais les fondamentaux macroéconomiques continuent d’imposer de la prudence.
Pour les investisseurs, les prochains jours seront déterminants. La confirmation ou non d’un accord sur le cessez-le-feu, les nouvelles données d’inflation en Europe, les chiffres économiques américains et les résultats d’entreprises aideront à définir la prochaine phase du marché.



