IPO d’Anthropic : la participation d’Amazon pourrait devenir beaucoup plus importante pour sa valorisation
L’éventuelle introduction en Bourse d’Anthropic pourrait devenir l’un des événements les plus importants de l’année pour Amazon, même si le géant du commerce et du cloud n’est évidemment pas l’entreprise qui prépare son entrée sur les marchés publics.
De nouveaux rapports indiquent qu’Anthropic pourrait déposer son formulaire S-1 avant la fin du mois. Une telle publication fournirait pour la première fois des informations beaucoup plus précises sur sa structure financière, ses actionnaires et les liens économiques qui unissent le laboratoire d’intelligence artificielle à ses principaux partenaires.
Amazon figure au premier rang de ces partenaires. Le groupe a déjà investi 13 milliards de dollars dans Anthropic et pourrait engager jusqu’à 20 milliards supplémentaires si certaines étapes commerciales sont atteintes. Mais cette relation dépasse largement une simple participation au capital. Anthropic est également devenu un client stratégique d’AWS et un utilisateur majeur des puces Trainium développées par Amazon.
Pour les actionnaires d’Amazon, le véritable intérêt du S-1 pourrait donc être de mieux comprendre combien vaut cette relation dans son ensemble.
Le S-1 pourrait révéler enfin la valeur exacte de la participation d’Amazon
L’une des informations les plus importantes concernera le pourcentage exact détenu par Amazon.
Le montant investi est connu, mais une participation ne peut être valorisée correctement sans connaître précisément la part du capital qu’elle représente, notamment après plusieurs tours de financement successifs.
Anthropic aurait déjà levé environ 133 milliards de dollars et sa récente levée de série H, d’un montant de 65 milliards, lui aurait attribué une valorisation de 965 milliards de dollars. Des investisseurs existants envisageraient même une valorisation de 2 000 milliards de dollars dans le cadre d’une éventuelle IPO.
Si le S-1 précise la part réellement détenue par Amazon, les investisseurs pourront estimer beaucoup plus finement la valeur de cette participation.
Cette information pourrait modifier la manière dont le marché analyse Amazon, car une partie de sa valeur liée à l’IA pourrait actuellement être difficile à isoler dans ses états financiers consolidés.
Amazon n’est pas seulement investisseur : AWS est profondément lié à Anthropic
L’aspect le plus important de la relation réside probablement dans AWS.
Anthropic utilise les puces propriétaires d’Amazon pour l’entraînement et l’inférence de ses modèles. Le déploiement Project Rainier repose notamment sur plus d’un million de puces Trainium, complétées par des processeurs Graviton.
Cette dépendance technologique transforme Anthropic en client d’infrastructure de très grande taille.
La société s’est également engagée à dépenser plus de 100 milliards de dollars auprès d’AWS sur les dix prochaines années afin de sécuriser jusqu’à 5 gigawatts de capacité.
Un tel engagement peut créer une source de demande particulièrement visible pour AWS.
Pour Amazon, cela signifie que la réussite d’Anthropic peut produire plusieurs formes de valeur simultanément : appréciation de la participation financière, revenus cloud supplémentaires, utilisation accrue de Trainium et renforcement de l’écosystème Bedrock.
Claude donne également à Amazon un avantage commercial dans Bedrock
Les modèles Claude sont déjà intégrés à Amazon Bedrock.
Selon les informations fournies, ils alimentent plusieurs fonctionnalités utilisées par plus de 100 000 clients.
Cela donne à Amazon une relation avec Anthropic qui dépasse largement l’hébergement d’infrastructure.
AWS peut proposer Claude à ses propres clients tout en bénéficiant de la demande de calcul générée en arrière-plan.
Cette double exposition est particulièrement importante dans un secteur où les investisseurs cherchent encore à déterminer quels acteurs captureront réellement les bénéfices économiques de l’intelligence artificielle.
Amazon ne dépend donc pas uniquement du succès de ses propres modèles ou produits IA. Il peut également profiter de la croissance d’un laboratoire indépendant utilisant son infrastructure.
Une IPO pourrait rendre l’impact d’Anthropic sur AWS beaucoup plus mesurable
Aujourd’hui, les investisseurs savent qu’Anthropic utilise massivement AWS, mais ils disposent de moins de précision sur l’effet exact de cette relation sur la croissance des revenus et les marges.
Un S-1 pourrait combler une partie de ce manque d’information.
Avec davantage de détails sur les dépenses cloud, les engagements contractuels et la structure de propriété, les analystes pourraient commencer à construire des modèles plus précis.
Ils pourraient notamment chercher à mesurer combien de croissance d’AWS est directement liée à Anthropic et quelle partie de l’expansion future des marges peut provenir des besoins croissants en calcul.
Cela pourrait avoir un effet important sur la manière dont Amazon est valorisé.
Si Anthropic apparaît comme un moteur durable de demande pour AWS, certains investisseurs pourraient attribuer une valeur plus élevée à l’infrastructure IA d’Amazon.
La valorisation potentielle d’Anthropic reste néanmoins extrêmement exigeante
L’éventuelle IPO ne représente pas seulement une opportunité.
Elle soulève également une question majeure : jusqu’où peut aller la valorisation d’Anthropic avant de devenir difficile à défendre ?
Aswath Damodaran, professeur de finance à NYU, a tenté de répondre à cette question en partant d’une hypothèse de valorisation de 2 000 milliards de dollars.
Selon ses calculs, Anthropic devrait générer environ 1 200 milliards de dollars de revenus annuels dans dix ans pour justifier une telle valeur.
Ce chiffre représente environ 18 fois son rythme de revenus annualisé de juillet, supérieur à 65 milliards de dollars.
Il représente également environ 1,7 fois le chiffre d’affaires annuel de 716,9 milliards de dollars réalisé par Amazon l’année précédente.
Même des hypothèses généreuses exigent une croissance extraordinaire
Damodaran utilise pourtant des hypothèses relativement favorables.
Il suppose une marge opérationnelle après impôts de 30 %, un coût du capital de 10 % et une période de dix ans avant maturité.
Même dans ce scénario, Anthropic devrait produire environ 360 milliards de dollars de bénéfice opérationnel après impôts au terme de la période.
Si la maturité du marché est repoussée à quinze ans à cause de la réglementation ou d’une adoption plus lente, le besoin de revenus pourrait se rapprocher de 2 000 milliards de dollars.
Ces chiffres montrent à quel point une valorisation de 2 000 milliards incorporerait déjà des attentes exceptionnelles.
La croissance actuelle est spectaculaire, mais le point de départ reste très différent
Anthropic connaît néanmoins une croissance impressionnante.
Son rythme de revenus annualisé serait passé d’environ 9 milliards de dollars fin 2025 à plus de 65 milliards à la fin de juillet 2026.
La société viserait également entre 190 et 200 milliards de dollars de revenus en 2028.
Même si elle atteint cette fourchette, Damodaran estime qu’il lui faudrait ensuite maintenir environ 25 % de croissance annuelle pendant huit années supplémentaires pour satisfaire les exigences d’une valorisation aussi élevée.
Cette trajectoire n’est pas impossible, mais elle exige une exécution presque parfaite sur une très longue période.
L’enjeu dépend de la taille réelle du marché de l’IA
Le principal débat concerne donc la taille potentielle du marché.
Damodaran estime le marché actuel des produits et services d’IA à environ 250 milliards de dollars.
Si l’intelligence artificielle reste principalement un outil de productivité ajouté aux coûts salariaux existants, le marché pourrait rester relativement limité.
Pour justifier une opportunité de plusieurs milliers de milliards de dollars, l’IA devrait probablement remplacer une partie importante du travail humain dans de nombreux secteurs et pays.
Un tel changement créerait cependant d’autres difficultés.
Des pertes d’emploi importantes pourraient déclencher une opposition politique et sociale, ainsi qu’une réglementation plus stricte. Ces mêmes réactions pourraient ralentir précisément la croissance nécessaire pour justifier les valorisations les plus élevées.
La valorisation d’Anthropic pourrait donc affecter Amazon dans les deux sens
Pour Amazon, une IPO réussie à une valorisation très élevée augmenterait théoriquement la valeur de sa participation.
Elle pourrait également renforcer la perception qu’AWS est devenu une infrastructure centrale pour les laboratoires d’IA les plus avancés.
Mais une valorisation excessivement ambitieuse pourrait aussi créer un risque de revalorisation ultérieure.
Si Anthropic était introduite en Bourse à un prix supposant une croissance extraordinaire, toute déception future pourrait faire baisser sa valorisation et réduire la valeur implicite de la participation d’Amazon.
Le marché devra donc distinguer la valeur économique réelle de la relation et l’effet purement financier d’une valorisation élevée.
Conclusion
L’éventuel S-1 d’Anthropic pourrait devenir un document beaucoup plus important pour Amazon qu’il n’y paraît.
Il pourrait révéler la part exacte détenue par le groupe, clarifier l’ampleur des engagements envers AWS et permettre aux investisseurs de mieux mesurer l’impact d’Anthropic sur Trainium, Bedrock, les revenus cloud et les marges futures.
En parallèle, une éventuelle valorisation proche de 2 000 milliards de dollars poserait une question beaucoup plus exigeante sur la croissance à long terme de l’intelligence artificielle.
Point clé final
Pour les investisseurs d’Amazon, le chiffre le plus important du S-1 ne sera peut-être pas le chiffre d’affaires d’Anthropic, mais la participation exacte d’Amazon et la profondeur économique de leur partenariat. Si Anthropic devient à la fois une participation de grande valeur et l’un des principaux moteurs de consommation d’AWS, l’IPO pourrait révéler une composante de la valeur d’Amazon que le marché ne mesure pas encore précisément. Mais plus la valorisation d’Anthropic sera élevée, plus les attentes de croissance nécessaires pour la défendre deviendront difficiles à satisfaire.



