Wall Street marque une pause avant Jackson Hole alors que les investisseurs attendent les premiers grands signaux de Kevin Warsh
Les contrats à terme américains évoluent presque à l’équilibre alors que les investisseurs se préparent au discours très attendu du président de la Réserve fédérale, Kevin Warsh, à Jackson Hole. Après une forte séance jeudi portée par Nvidia et le secteur technologique, le marché semble désormais entrer dans une phase d’attente avant de recevoir de nouveaux indices sur la trajectoire des taux d’intérêt américains.
Les futures liés au S&P 500 ont reculé de 0,1 %, tandis que ceux du Nasdaq 100 perdaient 0,2 %. Les contrats sur le Dow Jones Industrial Average cédaient 28 points, restant eux aussi pratiquement inchangés.
Cette stabilité intervient après une séance nettement plus dynamique. Jeudi, les actions américaines ont progressé, soutenues par une hausse de près de 9 % de Nvidia après ses résultats. Le secteur technologique, le S&P 500 et le Nasdaq Composite ont tous enregistré leur meilleure séance depuis le 4 août.
Le marché doit maintenant déterminer si ce rebond peut se prolonger ou si le discours de Warsh modifiera les anticipations de politique monétaire.
Jackson Hole devient le principal événement macroéconomique de la semaine
Kevin Warsh doit prononcer vendredi son discours à l’occasion du symposium annuel de la Réserve fédérale à Jackson Hole, dans le Wyoming.
L’événement n’est pas une réunion formelle de politique monétaire, mais il représente une étape importante pour les investisseurs. Les marchés chercheront des indications sur la manière dont Warsh analyse l’économie, l’inflation et surtout l’évolution future des taux d’intérêt.
Selon l’outil FedWatch du CME, les futures sur les fed funds intègrent environ 64 % de probabilité que la banque centrale maintienne ses taux inchangés lors de sa prochaine réunion.
Cela signifie qu’une majorité du marché n’anticipe pas de mouvement immédiat, mais le ton utilisé par Warsh pourrait modifier rapidement cette probabilité.
Natalia Lojevsky, directrice générale chez CIFC Asset Management, souligne que les investisseurs disposent de très peu d’historique sur la manière dont Warsh communique. Selon elle, les nouveaux présidents de la Fed utilisent souvent Jackson Hole pour définir le cadre de leur mandat, et les formulations choisies vendredi pourraient ensuite influencer la manière dont chaque nouvelle statistique économique sera interprétée pendant des mois.
Nvidia redonne du souffle aux grandes valeurs technologiques
La séance de jeudi a montré que l’intelligence artificielle reste capable de soutenir fortement les principaux indices américains lorsque les résultats répondent aux attentes.
Nvidia a gagné près de 9 % après ses résultats, entraînant le secteur technologique dans son sillage. Le mouvement a permis au S&P 500 et au Nasdaq Composite de connaître leur meilleure journée depuis le début du mois.
Cette hausse intervient dans un environnement où les investisseurs deviennent pourtant plus exigeants sur les dépenses liées à l’IA et sur les retours financiers générés par les investissements massifs dans les centres de données et les infrastructures.
La réaction à Nvidia montre cependant que le marché continue de récompenser les entreprises capables de présenter des perspectives suffisamment solides pour justifier cette vague de dépenses.
Les trois grands indices américains sont désormais en bonne voie pour terminer la semaine dans le vert. Si le Dow Jones conserve une performance positive, il enregistrera sa première semaine de hausse en trois semaines.
Les publications après-Bourse créent des mouvements importants sur plusieurs actions
Les résultats d’entreprises continuent également de provoquer de fortes réactions après la clôture.
Gap a progressé d’environ 15 % malgré une publication trimestrielle mitigée. Le marché a notamment réagi à la nomination de Michael Francis à la direction d’Old Navy à compter du 2 novembre. Le bénéfice ajusté du deuxième trimestre a atteint 52 cents par action, contre 48 cents attendus par le consensus LSEG.
Marvell Technology a suivi une trajectoire opposée. L’action du fabricant de semi-conducteurs a perdu environ 6 % après des prévisions de marge brute ajustée jugées décevantes.
Marvell anticipe pour le trimestre en cours un bénéfice ajusté de 1,10 dollar par action, avec une marge d’erreur de cinq cents. Les analystes interrogés par LSEG tablaient sur 1,07 dollar. Mais le groupe prévoit une marge brute non-GAAP comprise entre 57,5 % et 58,5 %, alors que le consensus StreetAccount se situait à 58,5 %.
Autodesk a également reculé d’environ 5 % après avoir présenté des prévisions de bénéfices inférieures aux attentes de Wall Street. L’entreprise prévoit un bénéfice ajusté compris entre 3,04 et 3,09 dollars par action au troisième trimestre, contre 3,14 dollars attendus.
Ces mouvements rappellent que, même dans une séance dominée par la macroéconomie, les investisseurs continuent de sanctionner rapidement les entreprises dont les perspectives ne correspondent pas aux attentes.
Les marchés asiatiques évoluent de manière contrastée
La prudence américaine s’inscrit dans un contexte plus mitigé en Asie.
Le Nikkei 225 japonais a progressé, tandis que le Kospi sud-coréen a enregistré une baisse supérieure à 1 %. L’Australie a également légèrement avancé. Hong Kong et la Chine continentale ont connu des mouvements plus modestes autour de l’équilibre.
Les investisseurs asiatiques suivent eux aussi le discours de Warsh, puisque toute modification des anticipations de taux américains peut influencer les devises, les flux de capitaux et les valorisations internationales.
La Chine reste néanmoins un marché surveillé séparément pour ses propres catalyseurs.
Lombard Odier maintient une opinion positive sur les actions chinoises et considère la Chine comme l’un de ses marchés émergents préférés, aux côtés de la Corée du Sud, de Taïwan et du Brésil.
La banque met en avant le soutien politique, la croissance rapide de l’écosystème d’intelligence artificielle, les exportations solides et le déplacement progressif de l’épargne des ménages de l’immobilier vers les actifs financiers.
Le pétrole baisse alors que le marché surveille toujours l’Iran et Ormuz
Le pétrole a reculé vendredi après avoir progressé pendant la nuit.
Les contrats Brent pour livraison en octobre ont perdu 0,36 % à 89,38 dollars le baril. Le WTI américain a baissé de 0,26 % à 83,31 dollars.
Le marché continue d’évaluer la situation au Moyen-Orient après que Washington a confirmé que les États-Unis ne menaient actuellement aucune négociation avec l’Iran.
La Maison Blanche a déclaré que toutes les options restaient disponibles, mais qu’aucun dialogue n’était en cours entre Washington et Téhéran.
Thadeu Dos Santos, directeur régional chez Infinox, estime que les prix du pétrole resteront probablement liés à la vitesse des négociations, à tout progrès crédible et aux changements dans la situation sécuritaire autour du détroit d’Ormuz.
Une amélioration claire des perspectives d’accord pourrait exercer une nouvelle pression baissière sur le pétrole grâce à des attentes d’offre plus favorables. À l’inverse, une nouvelle escalade ou des incidents dans la région pourraient rapidement relancer les prix.
Le marché entre dans une séance dominée par la communication de la Fed
La situation actuelle place la politique monétaire au-dessus des autres catalyseurs pour la prochaine séance.
Les résultats d’entreprises restent importants, tout comme les tensions au Moyen-Orient et les mouvements sur les marchés asiatiques. Mais le principal facteur susceptible de modifier l’ensemble du paysage de marché vendredi reste le discours de Warsh.
Les investisseurs chercheront notamment à savoir s’il adopte un ton qui renforce l’idée d’un maintien prolongé des taux ou s’il ouvre davantage la porte à un changement de politique dans les prochains mois.
Comme le marché n’a encore que peu de références sur sa communication, certains mots pourraient recevoir une importance inhabituelle.
La réaction des obligations, du dollar et des actions permettra de mesurer rapidement la manière dont les investisseurs interprètent son message.
Conclusion
Les futures américains sont restés pratiquement inchangés après une forte séance portée par Nvidia, alors que Wall Street attend désormais le discours de Kevin Warsh à Jackson Hole.
Le marché arrive à cet événement avec une probabilité d’environ 64 % que la Fed maintienne ses taux inchangés lors de sa prochaine réunion. Cette anticipation pourrait toutefois évoluer rapidement selon le ton adopté par Warsh.
En parallèle, les investisseurs continuent de surveiller les résultats d’entreprises, les actions asiatiques et les tensions au Moyen-Orient, tandis que le pétrole reste sensible à tout changement autour de l’Iran et du détroit d’Ormuz.
Point clé final
Le prochain mouvement de Wall Street dépend moins de ce qui s’est passé jeudi que de la manière dont Kevin Warsh définira la politique monétaire à venir. Après le rebond alimenté par Nvidia, les investisseurs veulent savoir si la Fed laissera les conditions financières suffisamment stables pour soutenir la progression des actifs risqués ou si son nouveau président adoptera un ton susceptible de remettre les taux au centre des inquiétudes.



