Le pétrole bondit après les attaques houthies et les tensions entre Washington et Téhéran
Les prix du pétrole ont fortement progressé jeudi au cours d’une séance volatile, alors que de nouvelles tensions au Moyen-Orient ont ravivé les inquiétudes concernant l’approvisionnement régional. L’Arabie saoudite a annoncé avoir intercepté six missiles balistiques lancés contre le royaume, tandis que les discussions entre les États-Unis et l’Iran ont montré peu de signes de progrès. Le Brent pour livraison en novembre a gagné 3,4 % pour atteindre 106,60 dollars le baril, tandis que le West Texas Intermediate pour la même échéance a avancé de 2,7 % à 94,61 dollars. Les deux références avaient pourtant reculé d’environ 0,7 % en début de séance, avant que le Brent ne dépasse brièvement 108 dollars plus tard dans la journée.
Les attaques houthies ravivent les inquiétudes
La coalition saoudienne engagée dans le conflit au Yémen a indiqué jeudi que ses défenses aériennes avaient intercepté et détruit six missiles balistiques lancés par les Houthis soutenus par l’Iran. Le porte-parole militaire houthi Yahya Saree a affirmé de son côté que le groupe avait lancé des dizaines de missiles balistiques et de drones dans ce qu’il a décrit comme une opération de grande ampleur contre des positions militaires saoudiennes à Jazan.
L’Arabie saoudite a également activé son dispositif d’alerte civile. La Défense civile a diffusé à La Mecque un avertissement d’urgence via la plateforme nationale d’alerte précoce du royaume, demandant aux habitants de suivre les instructions officielles en raison d’un danger potentiel. Ces développements ont renforcé l’attention des marchés sur la possibilité d’une nouvelle escalade régionale affectant directement ou indirectement les infrastructures et les routes énergétiques.
La réaction du pétrole a été rapide. Le Brent, qui avait commencé la séance en baisse, s’est retourné fortement avant de dépasser temporairement 108 dollars. Le WTI a également effacé ses pertes initiales. Cette évolution illustre la sensibilité du marché à toute nouvelle menace susceptible de perturber la production, le transport ou les exportations de brut au Moyen-Orient.
Les tensions s’étendent aux routes maritimes
Les attaques contre l’Arabie saoudite interviennent alors que les menaces visant la navigation régionale persistent. Un conseiller du Guide suprême iranien Mojtaba Khamenei a averti que Téhéran pourrait étendre la guerre au Moyen-Orient jusqu’à l’océan Indien si les États-Unis ou Israël lançaient de nouvelles attaques, selon un rapport de l’AFP citant l’agence iranienne Fars.
Cette déclaration ajoute une nouvelle dimension aux risques déjà présents autour des grandes routes d’exportation. La mer Rouge constitue une voie importante pour le pétrole saoudien, notamment parce qu’elle offre une alternative au détroit d’Ormuz. Cette route a toutefois elle aussi subi des perturbations liées aux Houthis, réduisant la certitude qu’un détour suffirait à éliminer le risque logistique pour les exportateurs.
Robert Yawger, spécialiste des matières premières chez Mizuho Securities USA, a estimé que la situation paraissait moins favorable qu’en début de semaine. Il a notamment souligné les menaces iraniennes d’étendre le conflit vers l’océan Indien et les tirs de missiles houthies contre des villes saoudiennes. Son commentaire traduit la manière dont les opérateurs évaluent désormais plusieurs foyers de risque simultanément.
Les flux pétroliers peuvent limiter la pression physique
Les analystes de MUFG ont estimé que la poursuite des flux pétroliers à travers le détroit d’Ormuz ainsi que le redémarrage de l’oléoduc Est-Ouest de l’Arabie saoudite pourraient réduire les pressions physiques sur l’offre. Ces deux éléments offrent des voies permettant de maintenir une partie des exportations malgré les tensions militaires et les perturbations régionales.
L’oléoduc Est-Ouest permet à l’Arabie saoudite de transférer du brut vers la côte de la mer Rouge, en contournant le détroit d’Ormuz. Son redémarrage représente donc un élément important pour la résilience des exportations saoudiennes. Cependant, la mer Rouge elle-même reste exposée aux actions des Houthis, ce qui limite l’effet rassurant de cette solution.
MUFG a également averti que les attaques persistantes contre les pétroliers et les progrès limités dans les discussions entre Washington et Téhéran devraient maintenir une forte volatilité sur le marché pétrolier. Selon cette lecture, les routes alternatives peuvent réduire certaines contraintes physiques sans supprimer la prime de risque géopolitique qui reste intégrée aux prix.
L’oléoduc Est-Ouest a repris son activité
Le secrétaire d’État américain Marco Rubio a déclaré mercredi que l’Arabie saoudite avait remis en service son oléoduc Est-Ouest après une attaque survenue plus tôt dans le mois. Cette reprise a restauré une route alternative pour les exportations de brut qui évite le détroit d’Ormuz.
Rubio a également affirmé que la voie maritime sud du détroit d’Ormuz restait ouverte et que davantage de barils de pétrole la traversaient chaque jour. Il a indiqué que les États-Unis continueraient à défendre la navigation et à appliquer leur blocus contre l’Iran.
Le Commandement central des États-Unis a déclaré que ses forces avaient redirigé 115 navires commerciaux à la date de mercredi dans le cadre de l’application du blocus naval américain contre l’Iran. Ces mouvements montrent que les flux maritimes se poursuivent, mais dans un environnement fortement militarisé où les itinéraires et les procédures de navigation sont directement affectés par le conflit.
Les discussions entre Washington et Téhéran restent difficiles
En parallèle des tensions militaires, les échanges diplomatiques entre les États-Unis et l’Iran ont montré peu de progrès. Le président iranien Masoud Pezeshkian a déclaré mercredi que Téhéran était prêt à négocier pour mettre fin au conflit avec Washington, mais qu’il ne se soumettrait pas à ce qu’il a décrit comme l’intimidation américaine.
Pezeshkian a également affirmé que l’Iran ne renoncerait pas à son programme nucléaire. Cette position maintient un point central de désaccord avec les États-Unis, alors que Téhéran demande parallèlement la fin des sanctions américaines et du blocus naval.
Yawger a estimé que ces positions rendaient difficile une issue rapide. Selon lui, les demandes iraniennes concernant les sanctions et le blocus, combinées à l’insistance de Téhéran sur le maintien de son programme nucléaire, montrent que les conditions d’un compromis restent éloignées.
Le marché réagit à plusieurs risques simultanés
La hausse de jeudi ne repose donc pas sur un seul événement. Les investisseurs doivent intégrer à la fois les attaques houthies contre l’Arabie saoudite, les menaces concernant l’océan Indien, les perturbations potentielles de la mer Rouge, la situation dans le détroit d’Ormuz et l’absence de progrès clair dans les négociations entre les États-Unis et l’Iran.
Cette combinaison explique la forte volatilité observée pendant la séance. Les deux références pétrolières ont commencé la journée en baisse avant de se retourner rapidement. Le Brent a ensuite dépassé 108 dollars avant de clôturer à 106,60 dollars, tandis que le WTI a terminé à 94,61 dollars.
L’amplitude de ces mouvements montre que le marché reste extrêmement réactif aux informations sur la sécurité régionale. Une amélioration des flux peut temporairement réduire les inquiétudes, mais une nouvelle attaque ou une déclaration militaire peut rapidement rétablir la pression haussière.
La prime de risque géopolitique reste élevée
Les commentaires de MUFG mettent en évidence cette tension entre disponibilité physique du brut et risque politique. Même si les exportations continuent par le détroit d’Ormuz et que l’oléoduc Est-Ouest fonctionne à nouveau, la présence d’attaques contre les navires et d’affrontements régionaux empêche le marché de considérer les routes énergétiques comme pleinement sécurisées.
Le risque ne concerne pas seulement l’interruption complète d’une route. Des détours, des redirections de navires, des mesures de protection supplémentaires et des menaces permanentes peuvent suffire à maintenir une prime élevée dans les prix du pétrole.
C’est pourquoi le redémarrage de certaines infrastructures n’a pas effacé la réaction provoquée par les attaques houthies. Le marché semble considérer que l’amélioration des flux peut soulager l’offre, mais qu’elle ne résout pas le risque d’une nouvelle escalade.
Les négociations restent essentielles pour la suite
La trajectoire du pétrole dépend désormais largement de l’évolution militaire et diplomatique. Téhéran affirme être prêt à négocier, mais demande la fin des sanctions et du blocus tout en refusant d’abandonner son programme nucléaire. Washington continue pour sa part d’appliquer le blocus et de défendre la navigation dans la région.
Ces positions laissent peu de signes immédiats d’un accord. Tant que la diplomatie progresse lentement et que les attaques se poursuivent, les opérateurs peuvent continuer à intégrer un risque élevé dans les prix.
Pour le marché, la question centrale est donc de savoir si les flux physiques pourront rester suffisants malgré les tensions. Le détroit d’Ormuz reste partiellement fonctionnel, l’oléoduc Est-Ouest a repris son activité et les États-Unis redirigent des navires commerciaux dans le cadre de leur dispositif militaire. Ces éléments soutiennent la continuité des exportations, mais ils ne garantissent pas une stabilité durable.
Le pétrole reste exposé aux nouvelles de sécurité
La séance de jeudi montre à quel point les cours peuvent changer rapidement lorsqu’un nouvel événement militaire touche une zone clé pour l’énergie mondiale. Une baisse initiale d’environ 0,7 % s’est transformée en hausse marquée après l’annonce des interceptions saoudiennes et les nouvelles menaces régionales.
Le Brent a finalement gagné 3,4 % à 106,60 dollars, tandis que le WTI a avancé de 2,7 % à 94,61 dollars. Ces gains reflètent avant tout le retour des inquiétudes sur la sécurité des infrastructures et des routes d’exportation.
Pour l’instant, les flux de brut continuent et certaines voies alternatives sont de nouveau disponibles. Toutefois, les attaques houthies, les menaces iraniennes, les perturbations de la mer Rouge et l’absence de progrès clair dans les discussions entre Washington et Téhéran maintiennent le marché dans une situation fragile. La volatilité devrait rester directement liée aux prochains développements militaires, aux conditions de navigation et à la capacité des deux camps à faire avancer les négociations sans qu’un accord soit pour l’instant annoncé entre eux.



