Or : le métal efface ses pertes, mais l’emploi américain limite le rebond
Journalier

Or : le métal efface ses pertes, mais l’emploi américain limite le rebond

Juin 11, 2026

L’or a terminé quasiment stable lundi après avoir effacé ses pertes initiales, soutenu par les espoirs d’un cessez-le-feu rapide entre Israël et l’Iran. Le métal précieux avait pourtant touché un plus bas de séance à 4 268,39 dollars l’once, son niveau le plus faible depuis le 23 mars, avant de remonter vers 4 334,22 dollars l’once en milieu de journée à New York. Les contrats à terme américains sur l’or pour livraison en août ont clôturé presque inchangés à 4 363,40 dollars.

Ce mouvement résume parfaitement la tension actuelle sur le marché des métaux précieux. D’un côté, la perspective d’un accord de cessez-le-feu au Moyen-Orient réduit une partie du risque géopolitique immédiat, ce qui peut normalement peser sur la demande de valeurs refuges. De l’autre, un apaisement régional pourrait aussi réduire les risques d’inflation liés à l’énergie, et donc alléger la pression sur les banques centrales. Dans ce cas, l’or peut retrouver un soutien indirect si les marchés estiment que la Réserve fédérale n’aura pas besoin de maintenir une politique monétaire trop restrictive.

Le problème pour les acheteurs d’or vient toutefois des États-Unis. Le rapport sur l’emploi de mai a montré que l’économie américaine a créé 172 000 postes, un chiffre supérieur aux attentes. Cette solidité a renforcé les anticipations d’une hausse des taux de la Fed d’ici la fin de l’année, soutenu le dollar et limité le potentiel de progression du métal jaune.

Pour les investisseurs, l’or reste donc pris entre deux forces opposées : la géopolitique qui entretient la prudence et les taux américains qui freinent l’appétit pour les actifs ne générant pas de rendement.

Le cessez-le-feu Iran-Israël soutient le rebond de l’or

Le principal moteur du rebond intrajournalier a été l’espoir d’un cessez-le-feu entre Israël et l’Iran. Le président Donald Trump a déclaré lundi que les deux pays cherchaient à conclure un cessez-le-feu immédiat et que les négociations finales sur la paix étaient en cours. Cette déclaration a contribué à réduire la pression vendeuse qui pesait sur l’or plus tôt dans la séance.

En temps normal, une désescalade militaire peut affaiblir la demande de valeurs refuges. L’or est souvent recherché lors des périodes de guerre, de crise bancaire, d’instabilité politique ou de choc économique. Lorsqu’un conflit semble se calmer, certains investisseurs réduisent leur exposition au métal et reviennent vers des actifs plus risqués.

Mais la situation actuelle est plus nuancée. La guerre entre Israël et l’Iran a aussi alimenté une hausse des prix de l’énergie, en particulier à travers les tensions autour du détroit de Hormuz. Si un cessez-le-feu crédible réduit le risque sur le pétrole, il peut aussi calmer les anticipations d’inflation. Une inflation moins persistante pourrait limiter la nécessité de nouvelles hausses de taux par la Fed. Ce mécanisme peut soutenir l’or, car des taux moins élevés rendent les actifs non rémunérateurs moins désavantageux.

C’est pourquoi le marché a réagi de manière équilibrée. L’espoir de paix réduit une partie du besoin de protection, mais il peut également atténuer le risque d’un durcissement monétaire prolongé.

L’emploi américain remet la Fed au centre du marché

Le rapport sur l’emploi américain reste le principal frein pour l’or. Les créations de 172 000 emplois en mai ont renforcé l’idée que l’économie américaine demeure solide, malgré les taux élevés, la pression sur l’énergie et les incertitudes géopolitiques.

Cette résilience pose un défi à la Réserve fédérale. Si le marché du travail reste ferme alors que l’inflation demeure au-dessus de l’objectif, la banque centrale peut avoir moins de marge pour réduire les taux. Elle pourrait même être poussée à relever encore les coûts d’emprunt si les données suggèrent que l’économie ne ralentit pas suffisamment.

Les traders intègrent désormais une probabilité de 43 % d’une hausse d’un quart de point en décembre, contre environ 14 % il y a un mois, selon l’outil FedWatch du CME Group. Cette évolution est significative. Elle montre que le marché ne débat plus seulement du calendrier des baisses de taux, mais aussi de la possibilité d’un nouveau resserrement.

Pour l’or, cette perspective est défavorable. Le métal ne verse ni intérêt ni dividende. Lorsque les taux montent, les obligations et les placements monétaires deviennent plus attractifs en comparaison. Le coût d’opportunité de détenir de l’or augmente, ce qui peut freiner les achats.

Le dollar fort pèse sur les matières premières

La solidité du dollar est un autre obstacle pour l’or. Après le rapport sur l’emploi, la devise américaine s’est maintenue autour de son plus haut niveau en près de deux mois. Comme l’or est coté en dollars, un billet vert plus fort rend le métal plus cher pour les acheteurs utilisant d’autres devises.

Cet effet est important pour la demande internationale. Les investisseurs européens, asiatiques ou émergents doivent payer davantage en monnaie locale lorsque le dollar monte. Cela peut ralentir la demande physique, réduire certains achats financiers et peser sur les autres matières premières libellées en dollars.

Le dollar fort reflète aussi les anticipations de taux. Si les marchés pensent que la Fed restera plus restrictive que d’autres banques centrales, les capitaux peuvent continuer de soutenir la devise américaine. Ce scénario limite généralement les rebonds de l’or, sauf si la peur géopolitique devient assez forte pour dominer le facteur monétaire.

Le marché actuel se trouve donc dans un équilibre fragile. L’or peut rebondir sur les nouvelles de cessez-le-feu, mais il peine à accélérer tant que le dollar reste ferme et que les rendements américains se maintiennent.

Les données CPI et PPI deviennent cruciales

Les investisseurs attendent maintenant deux publications majeures : l’indice des prix à la consommation mercredi et l’indice des prix à la production jeudi. Ces données peuvent modifier rapidement les anticipations de politique monétaire.

Si l’inflation ralentit plus que prévu, le marché pourrait réduire ses paris sur une hausse des taux en décembre. Dans ce cas, le dollar pourrait se détendre, les rendements pourraient reculer et l’or pourrait regagner du terrain. À l’inverse, si les chiffres montrent une inflation persistante, les attentes de resserrement pourraient se renforcer et peser de nouveau sur le métal.

L’indice CPI sera particulièrement important pour mesurer la pression sur les ménages, notamment à travers l’énergie, le logement, l’alimentation et les services. L’indice PPI donnera une lecture des coûts supportés par les entreprises, qui peuvent ensuite se transmettre aux prix de détail.

Dans le contexte actuel, les prix de l’énergie sont essentiels. La guerre au Moyen-Orient et l’impasse autour du détroit de Hormuz ont alimenté les craintes d’une inflation plus durable. Si les données confirment que les hausses de coûts se diffusent dans l’économie, la Fed pourrait adopter un ton plus ferme.

Citi abaisse son objectif sur l’or

Citi a réduit son objectif de prix à court terme pour l’or à 4 000 dollars l’once, contre 4 300 dollars auparavant. La banque justifie cette révision par l’attente de taux américains plus élevés cette année, en lien avec l’impasse autour du détroit de Hormuz et les prix élevés de l’énergie.

Cette analyse reflète le dilemme du marché. Les tensions géopolitiques peuvent soutenir l’or comme valeur refuge. Mais si ces mêmes tensions poussent l’énergie et l’inflation à la hausse, elles peuvent aussi forcer la Fed à rester plus restrictive. Le résultat peut devenir négatif pour l’or si le facteur taux domine le facteur refuge.

La révision de Citi montre que certains analystes pensent que le marché a peut-être déjà intégré une grande partie du risque géopolitique. Pour que l’or progresse nettement au-dessus des niveaux actuels, il faudrait probablement une baisse des anticipations de taux, une faiblesse du dollar ou une nouvelle escalade majeure du conflit.

Sans cela, le métal pourrait rester dans une zone de consolidation, soutenu par la prudence mais limité par la politique monétaire.

Argent, platine et palladium évoluent différemment

Les autres métaux précieux ont connu des mouvements contrastés. L’argent au comptant a progressé de 0,6 % à 68,22 dollars l’once, tandis que le platine a reculé de 1,6 % à 1 747,76 dollars. Le palladium a chuté de 1,7 % à 1 205,73 dollars.

Ces écarts montrent que tous les métaux précieux ne réagissent pas de la même manière. L’or est principalement influencé par les taux, le dollar, les banques centrales et la demande refuge. L’argent a une double nature : il est à la fois métal précieux et métal industriel. Il peut donc bénéficier de flux de protection, mais aussi de perspectives liées à l’industrie, à l’énergie solaire et à la demande manufacturière.

Le platine et le palladium dépendent davantage de la demande industrielle, notamment automobile, ainsi que des équilibres d’offre dans certains pays producteurs. Leur baisse montre que les inquiétudes sur la croissance, les taux et la demande physique continuent de peser.

Pour les investisseurs, il est donc important de ne pas traiter tous les métaux comme un seul bloc. Les moteurs de prix diffèrent selon le rôle industriel, la liquidité, l’usage financier et la sensibilité au dollar.

Ce que les investisseurs doivent surveiller

Les investisseurs doivent d’abord surveiller l’évolution des discussions de cessez-le-feu entre Israël et l’Iran. Un accord crédible pourrait réduire la prime de risque géopolitique, mais aussi calmer les prix de l’énergie. L’effet net sur l’or dépendra de la manière dont les marchés interprètent l’impact sur l’inflation et les taux.

Le deuxième facteur est le dollar. Tant que la devise américaine reste proche de ses plus hauts récents, l’or peut avoir du mal à construire un rebond durable.

Le troisième point est la Fed. La probabilité d’une hausse de taux en décembre est devenue un élément central du marché. Toute donnée qui renforce ou affaiblit ce scénario peut provoquer des mouvements rapides.

Le quatrième élément est l’inflation américaine. Les chiffres CPI et PPI de cette semaine seront essentiels pour évaluer si la Fed peut rester patiente ou si elle devra adopter un ton plus ferme.

Enfin, les investisseurs doivent surveiller les prix de l’énergie. Le pétrole et l’essence peuvent influencer directement les anticipations d’inflation et donc la trajectoire des taux.

Conclusion

L’or a réussi à effacer ses pertes lundi grâce aux espoirs de cessez-le-feu entre Israël et l’Iran, mais son rebond reste limité par la solidité du marché du travail américain, la hausse des anticipations de taux et la fermeté du dollar. Le métal précieux se retrouve dans un environnement contradictoire : il bénéficie encore de la prudence géopolitique, mais il souffre dès que les données américaines renforcent l’idée d’une Fed plus restrictive.

Les prochains chiffres d’inflation seront déterminants. Si le CPI et le PPI montrent un ralentissement, l’or pourrait retrouver un soutien plus clair. Si l’inflation reste persistante, les rendements et le dollar pourraient continuer de limiter le potentiel haussier.

Dernier point à retenir

L’or reste soutenu par l’incertitude géopolitique, mais la Fed domine toujours le marché. Tant que l’emploi américain reste solide, que le dollar demeure ferme et que les traders envisagent une hausse des taux en décembre, les rebonds du métal jaune pourraient rester fragiles.

Leave a Reply

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *