Or : le métal grimpe avec l’espoir d’un accord États-Unis-Iran
L’or a progressé jeudi alors que les marchés ont réagi aux signes d’un possible accord temporaire entre les États-Unis et l’Iran. Le métal précieux a profité d’un regain d’optimisme autour d’une désescalade au Moyen-Orient, susceptible de réduire les tensions sur le pétrole, d’alléger les pressions inflationnistes et de donner plus de flexibilité à la Réserve fédérale américaine.
Le prix de l’or au comptant avançait de 0,3 % à 4 700,98 dollars l’once en début d’après-midi à New York, après avoir atteint plus tôt un sommet de deux semaines. Les contrats à terme sur l’or aux États-Unis ont terminé en hausse de 0,4 % à 4 710,90 dollars l’once. Le mouvement reste mesuré, mais il confirme que les investisseurs continuent de surveiller de près le lien entre géopolitique, inflation, taux d’intérêt et demande pour les actifs refuges.
Cependant, les gains ont été limités après des informations indiquant que Téhéran ne permettrait pas la réouverture du détroit d’Hormuz dans le cadre d’un plan jugé irréaliste. Cette nuance est importante : les marchés espèrent une désescalade, mais ils ne disposent pas encore d’une solution concrète capable de normaliser rapidement les flux énergétiques.
L’or profite d’un scénario de détente géopolitique
L’or monte souvent lorsque les investisseurs cherchent une protection contre l’incertitude. Mais le mouvement de jeudi montre une dynamique plus complexe. Le métal précieux a progressé non pas parce que la guerre s’aggrave, mais parce que les marchés commencent à envisager un scénario où la crise pourrait s’apaiser.
Une trêve entre Washington et Téhéran pourrait réduire la prime de risque sur le pétrole, stabiliser les chaînes d’approvisionnement et limiter le choc inflationniste lié à l’énergie. Si cette pression diminue, la Fed pourrait éventuellement retrouver plus de marge pour envisager des baisses de taux plus tard dans l’année.
Cette lecture est favorable à l’or. Même si le métal jaune est souvent considéré comme une couverture contre l’inflation, il souffre généralement lorsque les taux d’intérêt restent élevés. Comme l’or ne verse aucun rendement, il devient moins attractif face aux obligations lorsque les rendements montent. À l’inverse, si les marchés anticipent des taux plus bas, l’or peut redevenir plus séduisant.
Le détroit d’Hormuz reste le point clé
L’optimisme reste fragile, car le détroit d’Hormuz demeure au centre de la crise. Cette voie maritime est essentielle pour le transport mondial d’énergie. Tant que son fonctionnement reste limité ou incertain, le marché pétrolier conserve une prime de risque.
Un haut responsable iranien aurait indiqué que l’Iran ne permettrait pas aux États-Unis de rouvrir le détroit dans le cadre d’un plan jugé irréaliste. Cette déclaration a refroidi une partie de l’enthousiasme et a contribué à limiter les gains de l’or.
Pour les marchés, tout dépend désormais de la différence entre une pause militaire et une vraie normalisation énergétique. Un cessez-le-feu temporaire peut réduire le risque immédiat, mais si le détroit reste fermé ou perturbé, les prix du pétrole peuvent rester élevés. Dans ce cas, les pressions inflationnistes ne disparaissent pas complètement.
L’or se retrouve donc entre deux forces. D’un côté, l’espoir de paix soutient l’idée de taux plus bas à terme. De l’autre, l’incertitude persistante autour de l’énergie continue d’alimenter la demande de protection.
Les prix de l’énergie restent liés à la politique monétaire
La relation entre pétrole, inflation et taux d’intérêt reste l’un des principaux moteurs du marché de l’or. Lorsque les prix de l’énergie montent, les coûts de transport, de production et de consommation augmentent. Cela peut maintenir l’inflation à un niveau élevé et pousser la Fed à garder ses taux plus hauts plus longtemps.
Dans ce contexte, l’or peut parfois monter comme actif refuge, mais il peut aussi être freiné par la hausse des rendements réels. C’est cette tension qui rend le marché actuel difficile à interpréter.
Si le conflit se calme et que le pétrole recule, les investisseurs pourraient anticiper un ralentissement de l’inflation. Cela renforcerait l’idée que la Fed pourra, à terme, se concentrer davantage sur l’emploi et moins sur la lutte contre les prix. Ce scénario soutiendrait l’or par le biais de taux plus bas, d’un dollar potentiellement plus faible et d’une demande renouvelée des investisseurs.
À l’inverse, si la crise se prolonge et que l’énergie reste chère, la Fed pourrait rester prudente. Ce scénario limiterait une partie du potentiel de hausse de l’or, même si la demande refuge resterait présente.
Les analystes voient encore un potentiel haussier
Bob Haberkorn, stratège senior chez RJO Futures, a indiqué que si le cessez-le-feu tient, que la guerre se termine et que le détroit rouvre, l’or pourrait pousser vers 5 000 dollars l’once. Cette projection repose sur l’idée qu’un retour à une situation plus normale réduirait l’incertitude énergétique tout en ouvrant la voie à un environnement de taux plus favorable.
TD Securities voit même un chemin vers plus de 5 200 dollars l’once une fois que le conflit et les pressions inflationnistes liées au pétrole s’estompent. Selon cette analyse, un pivot ultérieur de la Fed vers son mandat de plein emploi, des rendements plus faibles, un dollar plus doux et une demande renouvelée des investisseurs et des banques centrales pourraient relancer la tendance haussière.
Ces prévisions montrent que le marché de l’or ne dépend pas seulement de la peur géopolitique. Il dépend aussi de la transition vers un régime monétaire plus favorable. Si l’inflation ralentit et que les taux baissent, l’or peut bénéficier d’un double soutien : baisse du coût d’opportunité et demande structurelle de diversification.
Le rapport sur l’emploi américain devient décisif
Les investisseurs attendent désormais le rapport mensuel sur l’emploi américain, prévu vendredi. Ce chiffre sera important pour évaluer la trajectoire de la Fed cette année. Si le marché du travail montre des signes de ralentissement, les attentes de baisses de taux pourraient se renforcer. Cela soutiendrait probablement l’or.
En revanche, un rapport solide pourrait compliquer ce scénario. Si l’emploi reste robuste et que l’inflation demeure élevée, la Fed pourrait maintenir une posture prudente. Dans ce cas, les rendements obligataires pourraient rester élevés, ce qui limiterait l’attrait de l’or.
Le marché surveillera donc plusieurs éléments : créations d’emplois, taux de chômage, salaires et éventuels signes de ralentissement dans les secteurs sensibles aux coûts énergétiques. Le rapport ne déterminera pas à lui seul la prochaine décision de la Fed, mais il peut influencer fortement les anticipations de marché.
La demande des banques centrales reste un soutien
Un autre facteur important vient de la Chine. La banque centrale chinoise a augmenté ses réserves d’or pour un dix-huitième mois consécutif en avril. Cette tendance confirme l’importance de la demande officielle dans le marché du métal précieux.
Les banques centrales achètent de l’or pour plusieurs raisons : diversification des réserves, réduction de l’exposition au dollar, protection contre les risques géopolitiques et renforcement de la crédibilité financière. Lorsque ces achats sont réguliers, ils créent un soutien structurel pour le marché.
La demande chinoise est particulièrement surveillée, car elle reflète aussi une volonté plus large de diversifier les actifs de réserve dans un monde marqué par des tensions commerciales, monétaires et géopolitiques. Même si les flux d’investissement privés varient selon les taux et le dollar, les achats des banques centrales peuvent stabiliser la demande à long terme.
L’argent progresse fortement, les platinoïdes reculent
Le mouvement ne concerne pas seulement l’or. L’argent au comptant a progressé de 2,6 % à 79,32 dollars, après avoir atteint son plus haut niveau depuis le 17 avril. Cette forte hausse montre que les métaux précieux peuvent bénéficier d’un environnement plus favorable lorsque les investisseurs anticipent une baisse des tensions et une possible détente monétaire.
L’argent possède une double nature. Il est à la fois métal précieux et métal industriel. Il peut donc réagir aux attentes de taux, à la demande refuge et aux perspectives d’activité économique. Lorsque les marchés deviennent plus optimistes sur la croissance tout en anticipant des taux plus bas, l’argent peut parfois surperformer l’or.
En revanche, le platine a reculé de 1,2 % à 2 036,28 dollars, tandis que le palladium a perdu 2,5 % à 1 498,86 dollars. Ces métaux restent plus exposés aux dynamiques industrielles, notamment dans l’automobile et les technologies de réduction des émissions. Leur faiblesse relative montre que le marché distingue clairement les moteurs propres à chaque métal.
Le dollar et les rendements restent à surveiller
Le prochain mouvement majeur de l’or dépendra aussi du dollar américain et des rendements obligataires. Un dollar plus faible rend l’or moins cher pour les acheteurs internationaux, ce qui peut stimuler la demande. Des rendements plus bas réduisent également le coût d’opportunité de détenir un actif sans rendement.
Si les espoirs de paix réduisent les pressions inflationnistes et renforcent les attentes de baisses de taux, le dollar pourrait perdre une partie de son soutien. Ce serait favorable à l’or. Mais si l’incertitude géopolitique persiste et que les rendements restent élevés, le métal pourrait avoir du mal à franchir rapidement de nouveaux seuils.
Le marché reste donc très dépendant des données et des titres d’actualité. Une confirmation de trêve, une réouverture crédible du détroit d’Hormuz ou un rapport sur l’emploi plus faible pourraient soutenir une nouvelle jambe haussière. À l’inverse, un blocage diplomatique ou des chiffres économiques trop solides pourraient limiter l’élan.
L’or progresse alors que les marchés espèrent un accord temporaire entre les États-Unis et l’Iran, susceptible de réduire les tensions énergétiques et les craintes d’inflation. Le métal précieux a atteint un sommet de deux semaines avant de voir ses gains limités par l’incertitude persistante autour du détroit d’Hormuz.
Le scénario reste nuancé. Une trêve durable, une normalisation des flux énergétiques et une baisse des pressions inflationnistes pourraient renforcer les attentes de baisses de taux et pousser l’or vers 5 000 dollars, voire au-delà selon certains analystes. Mais tant que la situation au Moyen-Orient reste incertaine, le marché hésitera entre optimisme monétaire et demande de protection.
La suite dépendra de trois éléments : l’évolution des discussions États-Unis-Iran, les prix du pétrole et le rapport sur l’emploi américain. Si ces facteurs convergent vers moins d’inflation, des rendements plus bas et un dollar plus faible, l’or pourrait retrouver une dynamique haussière plus solide .



