Marvell bondit de 241 % en un an, portée par la confiance des grands clients de l’IA
Marvell Technology a connu une progression spectaculaire en Bourse au cours des douze derniers mois, avec une hausse d’environ 241 % de son action, contre seulement 6,6 % pour Broadcom sur la même période. Pour son directeur général Matt Murphy, cette performance n’est pas simplement le résultat de l’engouement autour de l’intelligence artificielle ou d’un cycle favorable dans les semi-conducteurs. Elle repose avant tout sur une ressource qu’il estime avoir mis près d’une décennie à construire : la confiance des plus grandes entreprises technologiques.
Lors d’une interview accordée mardi à CNBC dans l’émission « Mad Money », Murphy a expliqué que les hyperscalers ne choisissent pas leurs fournisseurs uniquement sur la base des caractéristiques d’une puce. Ils doivent avoir la certitude que l’équipe d’ingénierie sera capable de livrer un composant complexe, que la direction communiquera de manière transparente et que les capacités de production nécessaires seront réellement disponibles au moment prévu. Pour lui, cette crédibilité accumulée a permis à Marvell de devenir un partenaire de plus en plus important dans l’écosystème de l’IA.
La stratégie semble aujourd’hui porter ses fruits. Marvell travaille avec les quatre principaux hyperscalers américains dans le silicium personnalisé et fournit également des produits de connectivité optique à travers une large partie du secteur. L’entreprise a par ailleurs renforcé ses relations avec Nvidia en mars et Google en août, donnant aux investisseurs davantage de raisons de croire que sa croissance dans les centres de données pourrait se poursuivre.
La confiance devient un actif stratégique dans les semi-conducteurs
Matt Murphy résume le fonctionnement du marché actuel par une idée simple : les grands clients veulent des partenaires capables de tenir leurs engagements. Dans un environnement où les hyperscalers déploient des infrastructures massives et utilisent des composants de plus en plus complexes, une promesse technique n’a de valeur que si elle peut être transformée en produit livré à temps et en volume suffisant.
Le dirigeant a détaillé plusieurs dimensions de cette confiance. Un client doit pouvoir compter sur l’équipe d’ingénierie pour terminer la conception d’une puce. Il doit aussi croire que la direction présentera une vision réaliste de ce qui peut être réalisé. Enfin, il doit avoir la certitude que la capacité de production et l’approvisionnement seront disponibles lorsque le produit sera nécessaire.
Murphy ajoute une dimension personnelle à cette relation. Selon lui, les clients doivent également pouvoir faire confiance au CEO lui-même. Cette approche place la réputation de Marvell au même niveau que ses capacités techniques. Dans son interprétation, les dix dernières années ont permis à l’entreprise de construire une image suffisamment solide pour recevoir des projets plus importants et travailler avec plusieurs acteurs majeurs simultanément.
Le parallèle avec AMD souligne l’importance de l’exécution
La stratégie décrite par Murphy rappelle celle qui a contribué au redressement d’AMD sous la direction de Lisa Su. Après sa prise de fonction comme CEO en octobre 2014, Su avait fait de l’exécution régulière des produits et du respect des calendriers une priorité.
Ce modèle est particulièrement pertinent dans le secteur des semi-conducteurs, où un retard peut affecter plusieurs générations de produits ou perturber les plans de grands clients. Un hyperscaler qui construit une infrastructure à grande échelle ne peut pas facilement accepter qu’un fournisseur manque une échéance essentielle.
Murphy semble considérer que Marvell a progressivement établi cette même forme de crédibilité. L’entreprise ne cherche donc pas uniquement à convaincre par une architecture ou un produit particulier. Elle veut être perçue comme un fournisseur capable de soutenir une relation pluriannuelle dans laquelle les risques d’exécution sont maîtrisés.
Ce positionnement contribue à expliquer pourquoi les relations de Marvell dans l’IA se sont approfondies alors que les dépenses d’infrastructure continuent de créer de nouvelles opportunités pour les fournisseurs de puces et de connectivité.
Marvell revendique une position neutre dans l’écosystème IA
L’un des aspects les plus importants du message de Murphy est que Marvell ne souhaite pas dépendre d’un seul client ou d’une seule architecture.
Le CEO a utilisé une comparaison particulièrement claire en affirmant que Marvell était devenue « la Suisse de tout ce marché ». Son idée est que l’entreprise travaille avec tout le monde et cherche à maintenir une position suffisamment ouverte pour servir différents partenaires au sein de l’écosystème de l’intelligence artificielle.
Marvell fournit du silicium personnalisé aux quatre grands hyperscalers américains. Elle vend également largement ses produits de connectivité optique dans le secteur. Cette combinaison réduit l’importance d’un seul contrat ou d’un seul client dans le récit stratégique présenté par la direction.
L’entreprise peut ainsi participer à plusieurs parties de l’expansion des centres de données sans être entièrement liée au succès commercial d’une architecture unique. Pour Murphy, cette capacité découle directement de la confiance accumulée auprès des clients.
L’expression « Suisse » doit toutefois être comprise comme la description que le CEO fait du positionnement de Marvell. Elle ne signifie pas que l’entreprise est isolée de la concurrence. Au contraire, les derniers développements montrent que la compétition pour les contrats des hyperscalers reste intense.
Nvidia et Google ont renforcé la crédibilité du groupe en 2026
Marvell a consolidé cette stratégie grâce à plusieurs partenariats importants au cours de l’année. L’entreprise a approfondi ses relations avec Nvidia en mars, puis annoncé en août un accord technologique pluriannuel avec Google.
Le contrat avec Google a particulièrement attiré l’attention parce que la société était depuis longtemps considérée comme l’un des clients les plus importants de Broadcom dans le domaine des puces personnalisées. L’arrivée de Marvell dans cette relation a donc constitué un succès majeur.
Cette victoire ne permet pas d’affirmer que Broadcom a été remplacé dans l’ensemble des projets de Google, ni que Marvell contrôle désormais l’intégralité de cette activité. Elle montre cependant que l’entreprise a réussi à gagner suffisamment de crédibilité pour travailler directement avec un client stratégique dans le domaine du silicium personnalisé.
Pour les investisseurs, ce type d’accord renforce la perspective d’une activité plus diversifiée. Marvell peut bénéficier de plusieurs relations simultanément plutôt que de dépendre d’un nombre limité de clients.
L’accord Qualcomm-Amazon rappelle que rien n’est acquis
La confiance accumulée ne protège toutefois pas Marvell de la concurrence. Mardi, Qualcomm a annoncé un nouveau partenariat avec Amazon dans l’infrastructure des centres de données, alors qu’Amazon est depuis longtemps un client important de Marvell.
Cette annonce a donné à Jim Cramer l’occasion d’interroger Murphy sur les risques pour la position de l’entreprise. Le CEO a reconnu que le marché était concurrentiel, mais il s’est montré confiant dans l’évolution de Marvell auprès de l’ensemble des hyperscalers américains.
Sa réponse est révélatrice du fonctionnement du secteur. Même une relation installée ne signifie pas qu’un client travaille exclusivement avec un fournisseur. Les grands groupes technologiques peuvent multiplier les partenaires, tester plusieurs architectures et répartir les projets entre différentes entreprises.
L’accord entre Qualcomm et Amazon ne prouve donc pas que Marvell perd un client, tout comme le contrat de Marvell avec Google ne signifie pas nécessairement que Broadcom disparaît de la relation. Il montre surtout que les hyperscalers entretiennent un environnement de forte compétition entre leurs fournisseurs.
Les revenus des centres de données deviennent le moteur principal
Les relations avec les hyperscalers commencent à se traduire dans les attentes financières. Selon FactSet, les revenus de Marvell dans les centres de données devraient progresser de 60 % au cours de l’exercice fiscal 2027.
La croissance pourrait ensuite légèrement accélérer à 61 % pendant l’exercice 2028.
Ces projections donnent une dimension financière concrète au récit de Murphy. Si elles se réalisent, l’activité data center continuerait d’être l’un des principaux moteurs de Marvell au moment où la demande liée à l’intelligence artificielle soutient les investissements dans les infrastructures.
Ces estimations restent toutefois des projections. Elles ne constituent pas des résultats déjà réalisés et peuvent évoluer avec les commandes, les dépenses des hyperscalers et la capacité de Marvell à exécuter les contrats signés.
Les investisseurs auront une nouvelle occasion d’évaluer cette trajectoire lorsque Marvell organisera une journée investisseurs au début du mois d’octobre. Le marché espère notamment obtenir davantage de détails sur les objectifs financiers de long terme.
La hausse de 241 % reflète des attentes devenues très élevées
L’appréciation du titre Marvell montre à quel point les investisseurs ont déjà intégré une partie importante de cette histoire de croissance.
En douze mois, l’action a progressé d’environ 241 %. Sur la même période, Broadcom n’a gagné que 6,6 % selon les chiffres cités. L’écart est particulièrement important pour deux entreprises exposées à certaines tendances communes autour du silicium personnalisé et des infrastructures IA.
La comparaison ne signifie toutefois pas que toutes les différences de performance proviennent uniquement de la confiance évoquée par Murphy. Le CEO présente la crédibilité avec les clients comme l’une des clés de l’ascension du groupe, mais le texte ne fournit pas de décomposition précise permettant d’attribuer chaque point de hausse de l’action à un facteur particulier.
Il reste néanmoins clair que les partenariats récents et les perspectives de croissance des data centers ont contribué au récit positif autour de Marvell.
Cette progression place également l’entreprise sous davantage de pression. Plus les attentes augmentent, plus les investisseurs veulent voir les contrats se transformer en revenus et les prévisions se matérialiser.
Le véritable avantage de Marvell pourrait être la continuité
L’argument de Murphy est finalement moins spectaculaire qu’une nouvelle architecture révolutionnaire, mais potentiellement plus difficile à reproduire. Il affirme que le véritable avantage de Marvell vient de la continuité dans l’exécution.
Un client hyperscale qui confie à un fournisseur une partie importante de son infrastructure ne cherche pas seulement une puce performante. Il cherche une équipe capable de travailler sur plusieurs années, de répondre aux évolutions du projet et de maintenir la capacité de production nécessaire.
Cette logique explique pourquoi Murphy insiste autant sur les dix années nécessaires pour construire la confiance. Une entreprise peut lancer rapidement un produit, mais elle ne peut pas immédiatement reproduire une décennie de relations, de livraisons et de coordination avec de grands clients.
C’est aussi ce qui permet à Marvell de défendre son positionnement malgré l’arrivée de nouveaux concurrents sur certains comptes.
La diversification réduit la dépendance sans éliminer la compétition
Marvell cherche aujourd’hui à combiner plusieurs formes d’exposition à l’IA. Le silicium personnalisé lui permet de travailler directement sur des architectures conçues pour des hyperscalers. Les produits de connectivité optique lui donnent une présence plus large dans l’infrastructure.
Cette diversification peut réduire la dépendance à un projet spécifique.
Elle ne signifie cependant pas que Marvell est protégée contre la perte d’un contrat ou contre l’arrivée de nouveaux concurrents. Le récent partenariat entre Qualcomm et Amazon en est un rappel.
La stratégie repose donc sur une capacité à maintenir plusieurs relations importantes simultanément.
Dans cette logique, la confiance fonctionne moins comme une garantie que comme une condition nécessaire pour rester dans la course.
La journée investisseurs d’octobre devient le prochain test
Après une hausse de 241 %, les investisseurs auront besoin de nouvelles informations pour juger si la trajectoire peut continuer.
La journée investisseurs prévue au début d’octobre pourrait fournir davantage de détails sur les objectifs financiers à long terme.
Le marché surveillera probablement particulièrement la progression des activités de centres de données, puisque FactSet prévoit déjà une croissance de 60 % en fiscal 2027 et de 61 % en fiscal 2028.
Le rendez-vous pourrait également permettre à Marvell d’expliquer comment ses différents partenariats s’intègrent dans une stratégie cohérente.
Pour l’instant, Murphy préfère mettre l’accent sur l’élément qui, selon lui, rend ces contrats possibles : une crédibilité construite sur la durée.
Conclusion
Marvell a progressé d’environ 241 % en Bourse au cours des douze derniers mois, une performance largement supérieure aux 6,6 % enregistrés par Broadcom sur la même période. Matt Murphy attribue une partie essentielle de cette ascension à la confiance que l’entreprise a construite auprès des principaux hyperscalers au cours de la dernière décennie.
Cette crédibilité a aidé Marvell à étendre ses relations dans l’écosystème IA, avec du silicium personnalisé fourni aux quatre grands hyperscalers américains, une présence dans la connectivité optique et des partenariats majeurs avec Nvidia et Google. La compétition reste néanmoins forte, comme le montre le nouveau partenariat Qualcomm-Amazon.
Point clé final
Le message de Matt Murphy est que, dans l’infrastructure IA, la technologie seule ne suffit plus. Les hyperscalers doivent pouvoir compter sur une exécution technique fiable, des volumes disponibles et une direction capable de tenir ses engagements. Marvell estime avoir construit cette réputation sur dix ans, et les projections de croissance de 60 % puis 61 % pour ses revenus de centres de données montrent pourquoi le marché prend cette stratégie au sérieux. La prochaine étape sera de prouver que cette confiance peut continuer à se transformer en croissance durable alors que la concurrence pour chaque grand client s’intensifie.



