L’or grimpe avec le recul du dollar et des rendements après l’espoir de cessez-le-feu
Les prix de l’or ont progressé jeudi, soutenus par la baisse du dollar et des rendements obligataires américains, alors que les marchés ont réagi à l’espoir d’une désescalade au Moyen-Orient. Les informations faisant état d’un accord de cessez-le-feu entre Israël et le Liban ont alimenté l’idée qu’un progrès diplomatique plus large pourrait devenir possible dans les discussions entre Washington et Téhéran, ce qui a pesé sur le pétrole et modifié l’équilibre du marché des métaux précieux.
L’or au comptant a gagné environ 1 %, à 4 476,85 dollars l’once en début d’après-midi à New York, tandis que les contrats à terme américains pour livraison en août ont clôturé en hausse de 0,9 %, à 4 505 dollars. Le métal jaune a ainsi réussi à se maintenir au-dessus d’une zone technique importante, notamment autour de sa moyenne mobile à 200 jours, surveillée par les traders comme un signal de tendance de long terme.
Le mouvement est intéressant car l’or progresse alors même que l’espoir d’un apaisement géopolitique réduit une partie de la demande de protection traditionnelle. En temps normal, une désescalade au Moyen-Orient pourrait affaiblir l’or en diminuant la prime de risque. Mais cette fois, la baisse du pétrole, du dollar et des rendements américains a offert un soutien plus important au métal précieux.
Pour les investisseurs, le marché de l’or reste donc dominé par un équilibre complexe : géopolitique, inflation, taux d’intérêt, dollar, pétrole et attentes autour de la Réserve fédérale.
Pourquoi l’or monte malgré l’espoir de désescalade
L’or est traditionnellement considéré comme une valeur refuge. Lorsqu’un conflit s’intensifie, les investisseurs peuvent acheter de l’or pour se protéger contre l’incertitude, la volatilité financière ou les risques extrêmes. Pourtant, dans la séance de jeudi, l’or a profité d’un autre mécanisme : la baisse des rendements et du dollar.
Les informations sur un cessez-le-feu entre Israël et le Liban ont renforcé l’espoir d’un accord plus large impliquant les États-Unis et l’Iran. Cette perspective a contribué à faire reculer les prix du pétrole de plus de 3 %, car les traders ont commencé à envisager une possible réouverture du détroit d’Hormuz ou, au minimum, une réduction du risque de perturbation prolongée des flux énergétiques.
La baisse du pétrole a ensuite pesé sur les anticipations d’inflation et sur les rendements des obligations américaines. Lorsque les rendements baissent, l’or devient plus attractif, car il ne verse pas d’intérêt. Un environnement de taux élevés pénalise généralement le métal jaune, tandis qu’un recul des rendements réduit ce coût d’opportunité.
Le dollar a également reculé de 0,2 %. Comme l’or est coté en dollars, une baisse du billet vert rend le métal plus abordable pour les acheteurs utilisant d’autres devises. Ce facteur peut soutenir la demande internationale, notamment lorsque les marchés cherchent une protection contre la volatilité macroéconomique.
Le rôle central du dollar et des rendements américains
Le marché de l’or reste très sensible au dollar et aux rendements des Treasuries. Ces deux variables influencent directement l’attractivité du métal précieux. Lorsque le dollar monte, l’or devient plus cher pour les acheteurs étrangers. Lorsque les rendements montent, les obligations deviennent plus compétitives face à un actif qui ne produit aucun revenu.
La séance de jeudi a présenté la configuration inverse. Le dollar a baissé, les rendements américains ont reculé et l’or a trouvé un appui. Ce type de mouvement peut être puissant, surtout lorsque les traders surveillent une zone technique importante comme la moyenne mobile à 200 jours.
Le maintien de l’or au-dessus de cette moyenne mobile est important pour le sentiment de court terme. Une cassure sous ce niveau aurait pu renforcer les ventes techniques. À l’inverse, un maintien au-dessus de cette ligne peut encourager certains traders à considérer que le marché conserve une structure défensive.
Cela ne signifie pas que l’or est revenu dans une tendance haussière claire. Le métal reste bien en dessous de son record historique de 5 594,82 dollars l’once atteint le 29 janvier. Il a également perdu environ 16 % depuis le début du conflit iranien fin février. Mais la séance montre que l’or peut encore attirer des acheteurs lorsque les conditions de taux et de change deviennent plus favorables.
Le pétrole et Hormuz restent au cœur du scénario
Le lien entre l’or et le pétrole est indirect mais important. Le conflit autour de l’Iran et du détroit d’Hormuz a fortement influencé les marchés depuis plusieurs mois. Lorsque le pétrole grimpe, les investisseurs redoutent une inflation plus persistante, des taux plus élevés et une pression sur la croissance. Lorsque le pétrole baisse, ces inquiétudes peuvent s’atténuer, du moins temporairement.
La baisse de plus de 3 % des prix du pétrole après l’annonce du cessez-le-feu Israël-Liban reflète l’espoir que le risque régional puisse diminuer. Le marché semble envisager que cette désescalade puisse créer de meilleures conditions pour un accord entre Washington et Téhéran, notamment sur la réouverture du détroit d’Hormuz.
Le détroit reste un point stratégique majeur. Une réouverture crédible pourrait réduire les coûts énergétiques, calmer les anticipations d’inflation et limiter la pression sur les banques centrales. Cela pourrait aussi modifier la demande pour l’or. Moins de stress géopolitique peut réduire l’achat refuge, mais des rendements plus bas peuvent soutenir le métal.
C’est précisément cette tension qui rend le marché difficile à lire. L’or peut bénéficier d’un apaisement si celui-ci fait baisser les rendements. Mais il pourrait souffrir si la désescalade réduit fortement la demande de protection sans entraîner un assouplissement monétaire ou un recul durable du dollar.
Les records de l’or semblent plus difficiles à retrouver
L’or a atteint un record de 5 594,82 dollars l’once le 29 janvier, avant de perdre une partie importante de ses gains dans les mois suivants. Selon le trader indépendant Tai Wong, de nouveaux records cette année semblent de plus en plus improbables, sauf si un cessez-le-feu clair et durable avec l’Iran permet la réouverture d’Hormuz, la baisse des prix de l’énergie et la réduction des inquiétudes sur des taux potentiellement plus élevés.
Cette lecture met en évidence une contradiction apparente. Pour que l’or retrouve ses records, le marché aurait probablement besoin d’un environnement où les rendements baissent fortement, le dollar s’affaiblit et les risques inflationnistes liés au pétrole diminuent. Mais une désescalade géopolitique durable pourrait aussi réduire une partie de la demande refuge.
Le métal jaune a donc besoin d’un mélange particulier : moins de pression sur les taux, mais encore assez d’incertitude pour maintenir une demande défensive. Ce type d’équilibre n’est pas impossible, mais il exige une combinaison précise de facteurs macroéconomiques.
Pour l’instant, l’or se redresse surtout parce que les rendements et le dollar reculent. La question est de savoir si ce soutien peut durer au-delà d’une séance ou s’il dépend simplement d’un mouvement temporaire lié aux nouvelles du Moyen-Orient.
Le rapport sur l’emploi américain devient le prochain test
Les investisseurs attendent désormais le rapport sur l’emploi américain de mai, prévu vendredi. Cette publication pourrait influencer directement la trajectoire de l’or, car elle donnera un signal important sur la santé du marché du travail et sur les prochaines décisions possibles de la Réserve fédérale.
Si le rapport montre un marché du travail solide, avec des créations d’emplois robustes et des pressions salariales persistantes, les rendements pourraient remonter. Dans ce scénario, l’or pourrait perdre une partie de son soutien, surtout si les marchés renforcent l’idée que la Fed devra maintenir des taux élevés plus longtemps.
Si, au contraire, les données signalent un ralentissement de l’emploi ou une modération salariale, les rendements pourraient continuer de baisser. Cela soutiendrait l’or en réduisant le coût d’opportunité de la détention du métal.
Le rapport est particulièrement important car les marchés restent partagés entre deux scénarios. D’un côté, la baisse du pétrole peut réduire les risques inflationnistes. De l’autre, un marché du travail résilient peut maintenir la Fed dans une posture restrictive. L’or se situe précisément au croisement de ces deux forces.
Les autres métaux précieux progressent aussi
La séance a également été favorable à d’autres métaux précieux. L’argent au comptant a progressé de 1,7 % à 73,95 dollars l’once, le platine a gagné 2,1 % à 1 897,61 dollars, et le palladium a avancé de 1,4 % à 1 320,23 dollars.
La hausse de l’argent est notable car ce métal combine des caractéristiques de valeur refuge et de métal industriel. Lorsque les rendements baissent, il peut bénéficier du même soutien que l’or. Mais il reste aussi sensible aux perspectives de croissance, à la demande industrielle et aux conditions du secteur énergétique.
Le platine et le palladium répondent à d’autres dynamiques, notamment l’industrie automobile, les catalyseurs, la demande industrielle et les contraintes d’offre. Leur progression montre que le mouvement ne s’est pas limité à l’or, mais a touché plus largement le segment des métaux précieux.
Pour les traders, cette hausse groupée peut signaler un repositionnement plus large sur les métaux, surtout si le dollar continue de reculer. Mais il faudra confirmer si la demande reste solide après la publication du rapport sur l’emploi américain.
Impact pour les investisseurs
Pour les investisseurs, la hausse de l’or rappelle que le métal jaune reste extrêmement dépendant des taux réels, du dollar et du risque géopolitique. Une seule nouvelle sur le Moyen-Orient peut modifier le pétrole, les rendements et le dollar, créant un effet en chaîne sur les métaux précieux.
L’or peut encore jouer un rôle de diversification dans un portefeuille, mais sa trajectoire à court terme dépendra fortement des données économiques américaines et de la politique monétaire. Si la Fed reste préoccupée par l’inflation, la hausse de l’or pourrait rester limitée. Si les rendements baissent durablement, le métal pourrait consolider son rebond.
Les investisseurs doivent aussi surveiller le niveau technique de la moyenne mobile à 200 jours. Tant que l’or reste au-dessus de cette zone, le sentiment peut rester plus constructif. Une rupture nette pourrait affaiblir la structure et déclencher davantage de ventes techniques.
Enfin, le pétrole reste un indicateur clé. Une baisse durable du brut pourrait réduire les craintes d’inflation et soutenir l’or via des rendements plus faibles. Mais une nouvelle hausse liée à Hormuz ou à l’Iran pourrait relancer la demande refuge tout en compliquant la lecture des taux.
Ce que les traders doivent surveiller maintenant
Les traders doivent d’abord surveiller le rapport sur l’emploi américain. Il peut modifier rapidement les attentes de taux et donc influencer l’or, l’argent, le dollar et les Treasuries.
Le deuxième facteur est l’évolution des discussions autour de l’Iran et du détroit d’Hormuz. Une désescalade durable pourrait faire baisser le pétrole, mais aussi réduire une partie de la demande refuge. Une nouvelle escalade pourrait soutenir l’or par l’aversion au risque, tout en poussant les rendements dans une direction plus incertaine.
Le troisième élément est le dollar. Un dollar plus faible reste favorable aux métaux précieux. Un rebond du billet vert après les données d’emploi pourrait limiter la progression de l’or.
Le quatrième point est la moyenne mobile à 200 jours. Tant que l’or se maintient au-dessus, les acheteurs peuvent conserver un argument technique. Une cassure sous ce niveau signalerait un affaiblissement du rebond.
Conclusion
L’or a progressé de plus de 1 % jeudi, porté par la baisse du dollar et des rendements américains après l’espoir d’un cessez-le-feu entre Israël et le Liban. Cette évolution a renforcé l’idée qu’un accord plus large avec l’Iran pourrait devenir possible, faisant reculer le pétrole et modifiant les anticipations autour de l’inflation et des taux.
Malgré cette hausse, le marché reste loin de ses records du début d’année. La trajectoire de l’or dépendra désormais du rapport sur l’emploi américain, de la politique de la Fed, de l’évolution du dollar et de la capacité des négociations au Moyen-Orient à produire une désescalade durable.
Dernier point à retenir
L’or bénéficie actuellement d’un soutien venu des rendements plus bas et d’un dollar plus faible, mais son prochain grand mouvement dépendra des données américaines et du Moyen-Orient. Un rapport sur l’emploi plus faible pourrait renforcer le rebond, tandis qu’une surprise solide pourrait relancer les rendements et limiter la progression du métal jaune.



