Le brut recule alors que Riyad réorganise ses exportations après l’attaque du pipeline East-West
Journalier

Le brut recule alors que Riyad réorganise ses exportations après l’attaque du pipeline East-West

Sep 18, 2026

Les prix du pétrole ont baissé jeudi après que l’Arabie saoudite a commencé à rediriger davantage de brut par le détroit d’Hormuz afin de compenser la fermeture de son pipeline East-West. Cette réorganisation logistique a apaisé une partie des inquiétudes concernant une nouvelle perturbation majeure de l’offre mondiale, même si l’infrastructure endommagée reste hors service et que les risques régionaux demeurent élevés. Le Brent a perdu 1,01 dollar pour clôturer à 104,82 dollars le baril, tandis que le West Texas Intermediate américain a reculé de 52 cents à 101,91 dollars. Malgré cette baisse quotidienne, le brut américain restait en progression d’environ 2 % sur la semaine et de plus de 18 % sur le mois, ce qui montre que la prime de risque liée au Moyen-Orient demeure importante.

Le marché ne considère donc pas que la situation soit revenue à la normale. Ce qui a changé, c’est la perception de la capacité de Riyad à contourner partiellement la perturbation. Des cargaisons supplémentaires sont proposées aux raffineurs asiatiques grâce à des transferts navire-à-navire près du port omanais de Sohar, juste à l’extérieur du détroit d’Hormuz. Cette solution permet aux navires de transfert de franchir le passage avec le brut avant de le charger sur des pétroliers attendant de l’autre côté, réduisant ainsi l’exposition de ces grands navires au risque d’attaque lorsqu’ils naviguent dans le Golfe.

Riyad cherche à éviter qu’une panne de pipeline devienne une crise d’exportation

La fermeture du pipeline East-West a immédiatement créé un problème stratégique pour l’Arabie saoudite. Cette infrastructure permet d’acheminer du pétrole vers la côte de la mer Rouge et le terminal de Yanbu, offrant une route alternative au détroit d’Hormuz. Lorsque le pipeline a été endommagé par une attaque de drone lancée depuis l’Irak, la capacité du royaume à contourner le détroit a été réduite au moment même où Hormuz restait exposé aux tensions régionales.

La réponse saoudienne a été rapide : augmenter certains flux en provenance des ports du Golfe et utiliser davantage de transferts navire-à-navire près d’Oman. Cette stratégie ne remplace pas totalement la capacité du pipeline, mais elle permet de maintenir une partie des exportations et de limiter l’ampleur immédiate de la perturbation. Pour les marchés, cette flexibilité logistique représente une différence importante entre une réduction temporaire des flux et une perte durable d’approvisionnement.

Sohar devient un point clé dans la nouvelle organisation des flux

Les cargaisons supplémentaires mises à disposition des raffineurs asiatiques passent par un système de transfert près de Sohar. Des navires transportent le brut à travers Hormuz puis le livrent à des pétroliers stationnés à l’extérieur du détroit. Cette organisation permet aux navires destinés aux marchés internationaux de ne pas avoir à pénétrer eux-mêmes plus profondément dans le Golfe.

Le mécanisme ne supprime pas totalement les risques liés au détroit, puisque le brut doit toujours le traverser. Il modifie toutefois l’exposition opérationnelle en limitant le nombre de grands pétroliers qui doivent entrer dans la zone. Dans un contexte où les attaques contre les navires ont rendu la navigation plus dangereuse, cette distinction est importante pour les acheteurs comme pour les opérateurs maritimes.

Les transferts dans le golfe d’Oman ont fortement augmenté

Matt Smith, directeur de la recherche sur les matières premières chez Kpler, a indiqué que les transferts navire-à-navire dans le golfe d’Oman avaient atteint 2,7 millions de barils par jour, contre 1,5 million en août. Cette hausse illustre l’importance croissante des opérations de transfert dans la région depuis que les routes habituelles sont devenues plus difficiles à utiliser.

Smith a néanmoins précisé qu’il était difficile de déterminer quelle proportion de ces volumes provenait précisément de l’Arabie saoudite et quelle part était liée à d’autres pays du Golfe. Les données montrent donc une augmentation générale de l’activité, mais elles ne permettent pas d’attribuer l’ensemble des 2,7 millions de barils par jour à Riyad.

Il a également indiqué que les chargements de brut saoudien dans les ports du Golfe avaient augmenté depuis le début du mois. Ce mouvement confirme que le royaume cherche à compenser les difficultés rencontrées du côté de la mer Rouge.

Yanbu avait justement pris de l’importance pour réduire la dépendance à Hormuz

Le terminal de Yanbu est devenu une route essentielle pour les exportations saoudiennes depuis que l’Iran a commencé à attaquer des pétroliers dans le détroit d’Hormuz après les attaques américaines et israéliennes contre le pays à la fin février. Dans ce contexte, la possibilité de transporter du pétrole jusqu’à la mer Rouge était particulièrement importante pour limiter l’exposition des cargaisons aux risques dans le détroit.

La fermeture du pipeline East-West a donc touché une infrastructure qui avait précisément gagné en importance en raison des difficultés rencontrées à Hormuz. Plus tôt dans la semaine, l’Arabie saoudite a suspendu les chargements de brut à Yanbu et annulé certaines expéditions destinées à des clients européens. Ces mesures ont montré que la perturbation avait déjà des conséquences commerciales concrètes avant même que la stratégie de reroutage par Sohar ne soit pleinement mise en avant.

Washington estime que l’interruption pourrait être courte

Le secrétaire américain à l’Énergie, Chris Wright, a déclaré que l’arrêt du pipeline devrait être « bref et temporaire » et que sa durée serait probablement mesurée en jours. Il a également affirmé que les autorités saoudiennes avaient pris des mesures rapides pour augmenter les exportations par Hormuz avec l’aide de l’armée américaine.

Cette estimation a contribué à réduire les craintes d’un choc prolongé sur l’offre. Si le pipeline revient effectivement en service rapidement, les transferts supplémentaires près d’Oman pourraient rester une solution de transition plutôt qu’un changement structurel durable.

Le marché doit cependant composer avec des évaluations plus prudentes. Des analystes indépendants préviennent que les réparations pourraient prendre plusieurs semaines, voire plusieurs mois. L’écart entre ces estimations représente aujourd’hui l’une des principales sources d’incertitude.

La durée des réparations reste le principal point d’interrogation

Un arrêt de quelques jours aurait un impact très différent d’une interruption prolongée au-delà de septembre. Dans le premier scénario, l’Arabie saoudite pourrait utiliser les routes alternatives pendant une période limitée avant de reprendre les exportations normales via Yanbu. Dans le second, les solutions par Hormuz devraient soutenir des volumes plus importants pendant beaucoup plus longtemps.

La capacité de transfert près de Sohar deviendrait alors davantage qu’un simple mécanisme temporaire. Elle devrait permettre de maintenir les cargaisons tout en gérant le risque sécuritaire et les contraintes liées aux navires disponibles. Plus l’arrêt du pipeline se prolonge, plus le marché devra évaluer la capacité de Riyad à compenser les pertes de manière durable.

Rapidan prévoit malgré tout une baisse des exportations saoudiennes

Rapidan Energy estime que les exportations saoudiennes de brut pourraient diminuer d’environ 400 000 barils par jour ce mois-ci en raison de l’arrêt du pipeline. Le cabinet considère que la réduction des flux passant par Yanbu sera partiellement compensée par une hausse des exportations via Hormuz, mais pas totalement neutralisée.

Cette prévision nuance l’idée selon laquelle les nouvelles routes auraient résolu le problème. Elles réduisent l’ampleur du choc, mais ne rétablissent pas nécessairement l’intégralité des volumes perdus. Une baisse nette de 400 000 barils par jour resterait significative, surtout dans un marché où les prix ont déjà fortement augmenté au cours du mois.

La réaction des prix jeudi montre donc davantage un soulagement qu’une normalisation complète. Le risque d’une pénurie plus importante a diminué, mais l’offre saoudienne reste affectée.

Le véritable risque est désormais une escalade supplémentaire

Rapidan considère que les risques restent orientés vers une perturbation plus importante si l’arrêt du pipeline se poursuit après septembre ou si les attaques s’intensifient. Le cabinet cite notamment l’Iran, les Houthis et d’autres groupes alliés comme sources potentielles d’une nouvelle escalade.

Cette mise en garde est importante parce que la stratégie actuelle dépend encore de plusieurs infrastructures et routes maritimes vulnérables. Les transferts près de Sohar peuvent contourner la panne du East-West, mais ils ne protègent pas l’ensemble de la chaîne contre de nouvelles attaques.

Un incident touchant d’autres ports, navires ou installations pourrait réduire encore les possibilités disponibles. La marge de manœuvre de Riyad dépend donc autant de sa capacité logistique que de l’évolution sécuritaire dans la région.

Hormuz est redevenu à la fois une solution et une vulnérabilité

Le paradoxe de la situation actuelle est que le détroit d’Hormuz sert aujourd’hui à résoudre un problème créé sur une route destinée à réduire la dépendance à ce même détroit. Le pipeline East-West avait permis à l’Arabie saoudite d’expédier davantage de pétrole vers la mer Rouge. Son arrêt oblige désormais le royaume à revenir vers Hormuz tout en essayant de limiter les risques associés.

Les navires de transfert apportent une réponse partielle à ce dilemme. Ils peuvent franchir le détroit, livrer le brut à des pétroliers situés à l’extérieur et maintenir les exportations vers l’Asie. Cette méthode offre davantage de flexibilité, mais ne supprime pas l’importance stratégique du passage ni son exposition aux tensions régionales.

Les clients européens ont déjà subi une partie de la perturbation

Les annulations de certaines cargaisons destinées à l’Europe montrent que la nouvelle organisation des flux ne bénéficie pas nécessairement à tous les clients de la même manière. Les raffineurs asiatiques reçoivent désormais des cargaisons supplémentaires via Sohar, tandis que certaines livraisons européennes prévues depuis Yanbu ont été supprimées.

La situation correspond donc à une redistribution des flux plutôt qu’à un retour immédiat à la configuration antérieure. Riyad utilise les routes disponibles pour préserver autant que possible son niveau d’exportation, mais la capacité limitée de certaines infrastructures implique des arbitrages entre destinations.

Ces mouvements peuvent continuer à évoluer selon la durée des réparations et les risques associés au passage par Hormuz.

La baisse du pétrole reflète une diminution du risque immédiat

Le Brent à 104,82 dollars et le WTI à 101,91 dollars montrent que le marché a réduit une partie de la prime associée à la fermeture du pipeline. Les cargaisons supplémentaires, la hausse des chargements dans les ports du Golfe et les opérations près de Sohar ont convaincu les investisseurs que l’Arabie saoudite disposait encore de moyens pour maintenir une partie importante de ses exportations.

Mais la progression mensuelle de plus de 18 % du brut américain montre que les prix restent fortement marqués par les tensions de la région. Le mouvement de jeudi efface seulement une partie des inquiétudes apparues après l’attaque contre le East-West.

La distinction est donc essentielle : le marché ne juge pas que les risques ont disparu. Il estime simplement que l’Arabie saoudite a trouvé des solutions suffisamment efficaces pour éviter, pour l’instant, une perturbation encore plus importante.

Le prochain mouvement dépendra du calendrier des réparations

Les prochains jours seront déterminants pour confirmer laquelle des estimations concernant le pipeline est la plus proche de la réalité. Une remise en service rapide renforcerait l’idée que le choc actuel restera temporaire. Les flux via Yanbu pourraient reprendre et la dépendance accrue à Hormuz diminuerait.

Si les réparations prennent plusieurs semaines ou plusieurs mois, les routes alternatives deviendront essentielles pour maintenir les exportations. Dans ce scénario, toute nouvelle attaque dans le Golfe ou autour des infrastructures énergétiques saoudiennes aurait un impact potentiel beaucoup plus important.

L’Arabie saoudite a pour l’instant réussi à réduire l’urgence créée par l’attaque du East-West. La baisse des prix du pétrole montre que le marché reconnaît cette capacité d’adaptation. Mais tant que le pipeline reste fermé et que les risques sécuritaires autour d’Hormuz persistent, le soulagement restera dépendant d’un système logistique temporaire et d’un environnement régional toujours instable.

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